§ XVI.—Manière d’être des villes du Yucatan. Cédule royale en faveur des indigènes. Mort de l’adelantado. Postérité de son fils Francisco Montejo.
Avant que les Espagnols eussent conquis ce pays, les indigènes vivaient réunis en communauté avec beaucoup d’ordre[88]. La campagne était extrêmement bien cultivée et nettoyée de mauvaises herbes, en même temps qu’elle était plantée d’arbres productifs. Voici comment ils ordonnaient leurs habitations: au milieu de la localité se trouvaient les temples avec de belles places, et tout autour des temples étaient bâties les maisons des seigneurs et des prêtres, puis des gens les plus distingués par leur rang; de la même manière venaient après ceux-ci les plus riches et les plus estimés, et aux extrémités de la ville étaient les maisons de la basse classe. Les puits, qui étaient peu nombreux, se trouvaient près des maisons des seigneurs; ils avaient leurs héritages plantés d’arbres à vin et semés de coton, de piment et de maïs. Ils vivaient ainsi réunis par crainte de leurs ennemis, qui les faisaient captifs, et ce n’est qu’au temps des guerres avec les Espagnols qu’ils se dispersèrent dans les bois.
Entraînés par leurs coutumes vicieuses ou par les mauvais traitements qu’ils recevaient des Espagnols, les Indiens de Valladolid se conjurèrent contre eux, au temps où ils se partagèrent pour aller recouvrer les tributs: en un seul jour ils tuèrent dix-sept Espagnols et des gens de leur service quatre cents furent mis à mort ou blessés[89]. Cela fait, ils envoyèrent par toute la contrée des bras et des jambes, annonçant ce qu’ils avaient fait, afin d’exciter les autres indigènes à se soulever; mais ceux-ci ne répondirent point à cet appel, et ainsi l’adelantado put porter secours aux Espagnols de Valladolid et châtier les Indiens.
Il eut à lutter également avec ceux de Mérida. Mais ce qui troubla particulièrement son repos, ce fut la cédule de l’empereur qui enlevait les Indiens à tous les gouverneurs. Il vint au Yucatan un commissaire qui ôta à l’adelantado ses Indiens et les mit sous la tutèle royale, après quoi on lui demanda compte de son administration à l’Audience royale de Mexico, qui le renvoya au Conseil royal des Indes en Espagne, où il alla mourir, plein de jours et de travaux, laissant dans le Yucatan sa femme doña Beatrix, plus riche que lui, son fils don Francisco de Montejo, marié dans le pays, et sa fille doña Catalina, mariée au licencié Alonso Maldonado, président des Audiences de Honduras et de Santo-Domingo, dans l’Ile Espagnole, ainsi que don Juan de Montejo, Espagnol, et don Diego, métis qu’il avait eu d’une Indienne.
Quant à don Francico, après qu’il eut remis le gouvernement à l’adelantado, son père, il vécut dans sa maison en simple particulier, au moins quant aux choses de la politique, bien qu’il continuât à être respecté de tous pour avoir conquis, partagé et gouverné cette contrée; il alla toutefois à Guatemala pour rendre compte de son administration, et revint ensuite chez lui. Ses enfants furent don Juan de Montejo, qui épousa doña Isabel, native de Salamanca, doña Beatrix de Montejo, qui se maria avec son oncle, frère cadet de son père, et doña Francisca de Montejo, qui devint l’épouse de don Carlos de Avellano, natif de Guadalaxara. Il mourut à la suite d’une longue maladie, après les avoir vus tous mariés.
§ XVII.—Los frayles Franciscanos vienen á Yucatan. Toman la defensa de los naturales. Odio de los españoles contra ellos.
Que fray Jacobo de Testera franciscano passo a Yucatan y començo de doctrinar a los hijos de los indios y que los soldados españoles se quisieron servir de los moços tanto que no les quedava tiempo para aprender la doctrina, y que por otra parte disgustaron a los frayles quando los reprehendian de lo que hazian mal contra los indios, y que por esto fray Jacobo se torno a Mexico donde murio, y que despues fray Toribio Motolinia embio desde Guatimala frayles, y que de Mexico fray Martin de Hoja Castro embio mas frayles y que todos tomaron assiento en Campeche y Merida con favor del Adelantado y de su hijo don Francisco. Los quales les edificaron un monesterio en Merida, como esta dicho, y que procuraron saber la lengua, lo qual era muy dificultosa. El que mas supo fue fray Luis de Villalpando que començo a saberla por señas y pedrezuelas y la reduxo a alguna manera de arte y escrivio una doctrina christiana de aquella lengua, aunque avia muchos estorbos de parte de los españoles que eran absolutos señores y querian que se hiziesse todo endereçado a su ganancia y tributos, y de parte de los indios que procuravan estarse en sus idolatrias y borracheras, principalmente era gran trabajo estar los indios tan derramados por los montes.
Que los españoles tomavan pesar de ver que los frayles hiziessen monesterios, y ahuyentavan los hijos de los indios de sus repartimientos para que no viniessen a la doctrina, y quemaron el monesterio de Valladolid dos vezes con su yglesia que era de madera y paja, tanto que fue necessario irse los frayles a vivir entre los indios, y que quando se alçaron los indios de aquella provincia escrivieron al visorey don Antonio que se avian alçado por amor de los frayles, y que el virey hizo diligencia y averiguo que al tiempo que se alçaron, aun no eran llagados los frayles a aquella provincia, y que velavan de noche a los frayles en escandalo de los indios y hazian inquisicion de sus vidas y les quitavan las limosnas.
Que los frayles viendo este peligro embiaron al muy singular juez Cerrato, presidente de Guatymala, un religioso que le diesse cuenta de lo que passava; el qual vista la desorden y mala christiandad de los españoles, porque llevavan los tributos absolutamente quantos podian sin orden del rey, y mas el servicio personal en todo genero de trabajo hasta alquilarlos a llevar cargas, proveyo de cierta tassacion harta larga, aunque passadera en que señalava que cosas eran del indio, despues de pagado el tributo a su encomendero, y que no fuesse todo absolutamente del español, y que suplicaron de esto, y que con temor de la tassa sacavan a los indios mas que hasta alli, y que los frayles tornaron a la audiencia, y embiaron a España, y hizieron tanto que la audiencia de Guatimala embio un oidor el qual tasso la tierra, y quito el servicio personal, y hizo casar a algunos, quitandoles las casas que tenian llenas de mugeres. Este fue el licenciado Thomas Lopez natural de Tendilla, y que esto causo que aboresciessen mucho mas a los frayles, haziendoles libellos infamatorios, y cessando de oir sus missas.
Que este aborecimiento causo que los indios estuviessen muy bien con los frayles, considerando los trabajos que tomavan sin interesse ninguno, y que les causaron libertad, tanto que ninguna cosa hazian sin dar parte a los frayles, y tomar su consejo, y esto dio causa para que los españoles con embidia que los frayles avian hecho esto por governar las Indias y gozar de lo que a ellos se avia quitado.