§ XVII.—Les franciscains s’établissent dans le Yucatan. Ils prennent la défense des indigènes. Haine des Espagnols pour les moines.
Frère Jacques de Testera, franciscain, étant venu au Yucatan, commença à enseigner les fils des Indiens; mais les soldats espagnols soumettaient ces jeunes garçons à un si long service, qu’il ne leur restait plus de temps pour apprendre la doctrine. D’un autre côté, ils donnaient toutes sortes de dégoûts aux religieux, lorsque ceux-ci venaient à les reprendre du mal qu’ils faisaient aux indigènes; c’est pourquoi frère Jacques retourna à Mexico où il mourut[90]. Après cela, frère Torribio Motolinia envoya des moines de Guatémala, et de Mexico frère Martin de Hojacastro dépêcha davantage de religieux qui tous s’établirent à Campêche et à Mérida, sous la protection de l’adelantado et de son fils don Francisco. Ceux-ci leur bâtirent un monastère à Mérida, ainsi qu’on l’a dit, et les religieux travaillèrent à apprendre la langue du pays, qui était fort difficile. Celui qui la sut le mieux fut frère Luis de Villalpando qui commença à l’apprendre avec des signes et des petites pierres[91]; il la coordonna en une sorte de grammaire et écrivit un catéchisme de la doctrine chrétienne[92] dans cette langue, bien qu’il rencontrât beaucoup d’obstacles de la part des Espagnols qui étaient les maîtres absolus de la contrée, et qui ne voulaient autre chose que ce qui favorisait leurs intérêts. Les Indiens, de leur côté, ne cherchaient qu’à demeurer dans leur idolâtrie et leurs festins, et le travail était d’autant plus grand à leur égard, qu’ils étaient plus disséminés dans les bois.
Les Espagnols voyaient, d’ailleurs, avec chagrin que les religieux s’occupassent à construire des monastères: ils chassaient les fils des Indiens de leurs domaines, afin de les empêcher de se rendre au catéchisme, et ils brûlèrent deux fois le monastère de Valladolid avec son église, qui était de bois, couverte en paille. Ce fut au point que les religieux se virent obligés de vivre parmi les Indiens, et que lorsque ceux de cette province se soulevèrent, les Espagnols écrivirent au vice-roi don Antonio, qu’ils s’étaient révoltés par amour pour les moines; mais le vice-roi s’étant enquis des faits, vérifia qu’à l’époque où eut lieu ce soulèvement, les religieux n’étaient pas encore arrivés dans ce département. On alla jusqu’à surveiller ces derniers durant la nuit, au grand scandale des Indiens, et à s’enquérir de leur vie privée, leur ôtant les aumônes qu’ils avaient reçues.
Les religieux considérant le danger, envoyèrent un des leurs à un juge singulièrement intègre, Cerrato, président de Guatémala, afin de lui rendre compte de ce qui se passait. Ce magistrat voyant le désordre et la conduite si peu chrétienne des Espagnols, qui levaient tous les tributs possibles contre la volonté du roi, aggravant le service personnel des Indiens de toutes les manières, jusqu’à les louer même comme des bêtes de somme, établit un tarif, élevé à la vérité, mais supportable; il faisait connaître ce à quoi l’Indien avait droit, après qu’il avait payé son tribut à son propriétaire, de manière à ce que l’Espagnol ne pût pas s’attribuer tout. Mais on interjeta appel à ce sujet; car par crainte de la taxe, les Espagnols obligèrent les Indiens à payer encore davantage qu’auparavant. Les religieux revinrent alors à la charge auprès de l’Audience et allèrent jusqu’en Espagne; ils firent si bien que l’Audience de Guatémala envoya un auditeur. Celui-ci établit un tarif et déchargea les Indiens du service personnel; il obligea quelques-uns des Espagnols à se marier, leur ôtant leurs maisons qui étaient remplies de femmes. Cet auditeur était le licencié Thomas Lopez, natif de Tendilla. Mais toutes ces choses leur firent concevoir une aversion bien plus grande encore pour les religieux, qu’ils outragèrent par des libelles diffamatoires, cessant même d’entendre leurs messes.
Cette haine fut cause précisément que les Indiens s’attachèrent aux religieux, en considérant les travaux qu’ils supportaient pour eux sans intérêt aucun, et conséquemment la liberté qu’ils en dérivèrent: aussi ne faisaient-ils rien sans prendre auparavant leur avis; ce qui fit dire aux Espagnols avec envie que les moines n’avaient agi de cette sorte que pour gouverner les Indes et jouir de ce dont ils avaient dépouillé leurs compatriotes.
§ XVIII.—Vicios de los indios. De como los frayles les enseñaron. Enseñanza de la lengua y letras. Castigo de algunos apostatas.
Que los vicios de los indios eran idolatrias, y repudios y boracheras publicas, y vender y comprar por esclavos, y que sobre apartarles destas cosas vinieron a aborecer a los frayles; pero que a parte de los españoles los que mas fatigaron a los religiosos, aunque encubiertamente fueron los sacerdotes, como gente que avia perdido su officio y los provechos del.
Que la manera que se tuvo para doctrinar los indios fue recoger los hijos pequeños de los señores, y gente mas principal, y que los ponian en torno de los monesterios en casas que cada pueblo hazia para los suyos donde estavan todos juntos los de cada lugar, y que sus padres y parientes les trayan de comer, y que con estos niños se recogian los que venian a la doctrina, y que con esta frequentacion pidieron muchos el baptismo con mucha devocion, y que estos niños despues de enseñados tenian cuydado de avisar a los frayles de las idolatrias y boracheras, y que rompian los idolos, aunque fuessen de sus padres, y exhortavan a las repudiadas y a los huerphanos si los hazian esclavos que se quexassen a los frayles, y aunque fueron amenazados de los suyos, no por esto cessavan, antes respondian que les hazian onra, pues era por el bien de sus almas, y que el Adelantado y los juezes del rey siempre andado fiscales a los frayles para recoger los indios a la doctrina, y para castigar a los que se tomavan a la vida passada, y que al principio davan los señores de mala gana sus hijos, pensando que los querian hazer esclavos como avian hecho los españoles, y que por esta causa davan machos esclavillos en lugar de sus hijos, mas como entendieron el negocio, los davan de buena gana. Que desta manera aprovecharon tanto los moços en las escuelas y la otra gente en la doctrina, que era cosa admirable.
Que aprendieron leer y escrivir en la lengua de los indios, la qual se reduxo tanto a arte que se estudiava como la latina y se hallo que no usavan de seis letras nuestras que son D, F, G, Q, R, S, que para cosa ninguna las han menester; pero tienen necesidad de doblar otras y añadir otras para entender las muchas significaciones de algunos vocablos, porque pa quiere dezir abrir, y ppa, apretando mucho los labios quiere dezir quebrar; y tan es cal, o ceniza, y tan dicho rezio entre la lengua y los dientes altos, quiere dezir palabra o hablar, y assi en otras diciones. Y puesto que ellos para estas cosas tenian diferentes caratheres, no fue menester inventar nuevas figuras de letras sino aprovecharse de las latinas porque fuesse comun a todos.