Le 30, au matin, l'armée française, aussitôt qu'elle fut à portée, et qu'elle put se développer dans la plaine, mit en action sa cavalerie et l'artillerie de la garde. La cavalerie aux ordres du général Sébastiani les soutint. L'ennemi, écrasé par le feu auquel il fut soumis, pressé par les charges qu'il eut à supporter, plia. Quand il fut arrivé à la lisière du bois, plusieurs milliers de tirailleurs furent chargés de l'y suivre. Les troupes peu nombreuses du duc de Bellune et du duc de Tarente reçurent cette mission. Deux bataillons de chasseurs de la vieille garde, commandés par le général Curial, curent l'ordre de les soutenir. La manière dont ces deux bataillons se portèrent en avant et culbutèrent ce qu'ils avaient devant eux fut un objet d'admiration pour ceux qui en furent témoins.

Appelé par le feu, dont j'entendais le bruit, et par les ordres que je reçus, je hâtai ma marche et j'arrivai à temps pour prendre part au combat avec la tête de ma colonne. Une charge de six cents hommes faite dans le bois à l'appui de notre gauche, qui éprouvait une fort grande résistance, força l'ennemi à repasser la Kinzig. Tout ce qui était sur la route de Francfort se retira par Hanau, et sortit de cette ville pour se réunir à ce qui avait fait sa retraite par le pont de Lamboi. Pendant la nuit, je fis jeter quelques centaines d'obus dans la ville. L'ennemi l'évacua, et j'en fis prendre possession. Je bivaquai en face de lui. Je n'en étais séparé que par la Kinzig. Les Bavarois perdirent dans cette affaire environ six mille hommes. Notre perte fut moindre, vu le petit nombre de nos combattants et notre succès.

L'ennemi tenta de passer la Kinzig le lendemain 31; mais il fut constamment repoussé par mes troupes. Aucune de ses tentatives ne lui réussit; et, quoiqu'il fit soutenir ses mouvements offensifs par une artillerie formidable et très-supérieure à la nôtre, ses troupes furent constamment rejetées ou contenues de l'autre côté de la rivière. Le quatrième corps, étant arrivé, me remplaça. Quand il fut en position, je continuai mon mouvement sur Francfort. Alors de Wrede prit l'offensive à la fois sur la rivière et sur la ville. Cette dernière attaque réussissant, il voulut déboucher sur la grande route; mais ce général, arrivé sur le pont, reçut une balle dans le bas-ventre. L'artillerie de la division Morand ayant en même temps mitraillé la colonne ennemie, elle plia. Une brigade italienne chargea l'ennemi avec vigueur, le culbuta et reprit la ville. Le soir, le général Bertrand replia ses postes et se retira sur Francfort. L'arrière-garde, commandée par le maréchal Mortier, évita de passer à Hanau, et se retira de Gelnhausen directement sur Hochstadt, où elle arriva sans être inquiétée.

Le 1er novembre, je me rendis à Hochstadt, sur la Nidda. Le pont sur cette rivière avait été coupé par l'ordre du maréchal Kellermann, commandant à Mayence. Ce général, sans garnison dans cette forteresse, n'avait à sa disposition que quelques dépôts. Craignant l'arrivée de l'armée de Wrede, il avait cherché, avec raison, à lui créer des obstacles pour retarder sa marche. Le 2 novembre, j'entrai à Mayence. Mes troupes s'y établirent, ainsi que dans les environs.

Notre retour sur le sol de l'Empire semblait mettre un terme à nos malheurs: mais ce ne devait être qu'une suspension momentanée à nos souffrances. Nous étions destinés à être, plus tard, accablés par bien d'autres infortunes et bien d'autres misères.

CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS
RELATIFS AU LIVRE DIX-HUITIÈME.

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Bautzen, le 6 septembre 1813,
dix heures du matin.

«D'après de nouvelles dispositions, monsieur le duc de Raguse, l'Empereur ordonne qu'au lieu de vous porter sur Hoyerswerda vous partiez sur-le-champ, avec votre corps d'armée, pour vous diriger sur Dresde en passant par Königsbrück. Faites-moi connaître toujours où vous serez, afin que je puisse vous envoyer des ordres.

«Le prince vice-connétable, major général,