Blücher était ce jour-là, avec le corps de Saken, à Liegnitz. Le premier, s'étant porté sur Lövenberg, força le cinquième corps à évacuer les positions qu'il occupait. Appelé par le bruit du canon, je me hâtai de marcher à son secours; mais, quand je fus à portée de le soutenir, le combat avait cessé. L'ennemi, voulant passer le Bober à Zobten, fut repoussé par la division Rochambeau. Le prince de la Moskowa, craignant de voir le gros des forces ennemies entre le troisième corps et les onzième et cinquième, qui étaient à Lövenberg, jugea à propos de s'en rapprocher.
De Buntzlau, je reçus l'ordre de m'avancer, avec le sixième corps, jusqu'à Kresbau, pour observer Saken et retarder sa marche. Blücher, informé du mouvement du prince de la Moskowa, vint à sa rencontre, ne laissant qu'une division pour masquer Lövenberg. Le troisième, étant ainsi prévenu, s'arrêta à Graditz. Il combattit tout à la fois contre York et contre Saken, et se replia sur le sixième corps. Ces deux corps repassèrent le Bober et se placèrent en deçà de Buntzlau.
J'avais été chargé auparavant par Napoléon de chercher sur l'une des rives du Bober une bonne position, où une armée nombreuse pût livrer et recevoir une bataille avec avantage. Je n'avais rien trouvé sur la rive droite qui me satisfît complétement. Cependant nous aurions pu occuper avec les troisième et sixième corps la position à Karlsdorf, assez forte pour que l'ennemi n'osât pas nous attaquer immédiatement, et pendant la journée nous aurions eu des nouvelles des cinquième et onzième corps. Le maréchal Ney en décida autrement. La rive gauche offrait à la vérité une position meilleure, et nous allâmes l'occuper. Mais Buntzlau, qui avait été l'objet de forts grands travaux et qui renfermait des approvisionnements en vivres, n'étant pas encore armé, ne fut pas occupé. On aurait pu y laisser quelques troupes sans danger et on l'aurait occupé tant que nous serions restés en communication avec cette ville. C'était une belle position d'arrière-garde pour une partie du troisième corps, et une bonne tête de pont pour reprendre l'offensive. Le maréchal Ney ne voulut pas comprendre ces avantages et ne put pas concevoir le rôle dont ce poste était susceptible, et, quand on n'était pas encore au moment de le quitter, il donna l'ordre d'en faire sauter les fortifications.
Après avoir repassé le Bober, les officiers, envoyés par la rive gauche aux renseignements sur le général Lauriston, firent le rapport que les cinquième et onzième corps étaient réunis et en communication avec nous. Ainsi les quatre corps étaient en mesure d'agir ensemble; mais ces officiers m'apprirent en même temps l'intention de ces deux corps de continuer leur mouvement rétrograde le lendemain et de repasser la Queiss. Aucun raisonnement ne pouvait justifier ce mouvement. Nous étions cependant forcés de l'imiter. Nous nous préparâmes donc à l'exécuter pour notre compte, et je me hâtai d'en prévenir l'Empereur en lui faisant remarquer toutes les aberrations constatant déjà l'impossibilité d'opérer sans lui, et la nécessité de sa présence pour mettre chacun à sa place.
L'Empereur arriva en toute hâte, amenant avec lui sa garde. Arrivé le 21, au matin, il donna au moment même l'ordre de reprendre l'offensive. Je partis de ma position d'Ottendorf; je passai le Bober à Bakwitz et je pris position sur les hauteurs de Holzstein. Il y eut, en cette circonstance, un léger engagement avec l'ennemi, où le 32e léger et le chef du 16e, Svalabrino, se distinguèrent. Je restai, ce jour-là, en position. Pendant ce temps, Napoléon avait marché en avant avec les troisième et onzième corps. Il poursuivit l'ennemi qui s'était retiré devant lui en toute hâte et sans s'engager. Le 23, je reçus l'ordre de repasser le Bober, de placer mes troupes en échelons sur Naumbourg et Lauban et de me disposer à marcher rapidement sur Dresde si j'en recevais l'ordre. Le 24, cet ordre m'étant parvenu, il fut exécuté sans retard. J'arrivai le 27, au matin, à Dresde, et j'allai prendre position, ma gauche au quatorzième corps, ma droite à la jeune garde, en avant de Grossgarten.
Pendant les mouvements opérés en Silésie, la grande armée ennemie avait pris l'offensive et marché sur Dresde. Son mouvement, commencé le 20 août, s'était opéré sur quatre colonnes. Celle de droite, commandée par Wittgenstein, avait débouché par la route de Lovositz à Pirna. Elle laissa un corps de troupes suffisant pour observer, garder et couvrir le débouché. La deuxième colonne, composée de Prussiens, commandée par le général de Kleist, se porta à Glasshüth, en se liant avec la première. La troisième colonne, sous les ordres du général Colloredo, composée d'Autrichiens, arriva par Altenbourg et Dippoldiswald. La quatrième colonne, composée également d'Autrichiens, et sous les ordres du maréchal de Chasteler, marcha par Frauenstein sur Bubenan.
Le 24, une division du quatorzième corps, que le maréchal Saint-Cyr avait placée sur les hauteurs de Berggus-Hübel pour couvrir le camp de Pirna, fut attaqué par le corps de Wittgenstein. Elle se replia en combattant jusqu'à Pirna et, de là, elle fit l'arrière-garde du quatorzième, qui se retira sur Dresde et occupa les retranchements construits pour couvrir cette ville.
Le 25, vers les quatre heures de l'après-midi, l'armée ennemie se rapprocha de Dresde dans l'ordre suivant: La colonne de droite prit position en arrière du grand jardin qu'elle fit occuper par les tirailleurs; la deuxième prit position derrière Strehla; la troisième se plaça en avant de Koritz et Recknitz; la quatrième colonne avait à sa gauche Plauen. Une cinquième colonne, commandée par le général Klénau, était en marche et venait de Presbourg. Le corps de Klénau et les réserves n'étaient pas encore arrivés. Le quartier général s'établit au village de Nötnitz. Le quatorzième corps occupait les faubourgs et les retranchements qui les couvraient. Ceux-ci se composaient de huit flèches assez petites et de quelques édifices crénelés. On avait ainsi cherché à tirer le meilleur parti des localités.
Une attaque immédiate était la seule chose opportune, car on ne pouvait douter que l'empereur Napoléon n'arrivât, en toute hâte, avec des renforts. Accabler, anéantir le quatorzième corps (qui, fort à peine de vingt mille hommes, avait devant lui plus de deux cent mille combattants), était la seule chose raisonnable. Le prince de Schwarzenberg hésita; il ajourna l'action jusqu'au lendemain pour attendre l'arrivée du corps de Klénau et de quelques réserves. Il ne vit pas que, dans la disproportion des forces qui étaient en présence, un seul nouveau corps de l'armée française arrivant à Dresde donnerait plus de chances à la résistance que soixante mille hommes de renfort n'en auraient donné à l'attaque.
Le 26, au matin, le prince de Schwarzenberg se décida à attaquer, sans attendre davantage l'arrivée de Klénau. Pendant l'action, Napoléon était arrivé à Dresde avec sa garde, et le deuxième corps, qui, des environs de Zittau, y avait été dirigé, le suivait de près. Le premier corps, qui avait été envoyé sur Königstein, avait passé l'Elbe et chassé le corps ennemi, formé d'un détachement de gardes russes et du deuxième corps, commandé par le duc de Wurtemberg, qui bloquait cette forteresse.