L'ennemi se retirait par diverses directions. Voici les dispositions premières et les modifications que les circonstances y apportèrent.

Le corps de Barclay, formant la droite de l'armée, reçut ordre de se retirer par la grande route de Dahme, Waldgies, Hübel et Peterswald, et de couvrir ce débouché principal pour entrer en Bohême.

La grande armée, c'est-à-dire la masse des Autrichiens, prit la direction de Dippoldiswald, Falkenheim, Altenbourg et Unterzinnwald.

Le corps de Kleist reçut l'ordre de se retirer par Glasshüth et d'établir sa liaison entre les deux principaux corps de l'armée, tandis que la gauche et les réserves prendraient le chemin de Freyberg, par lequel une partie de ses troupes étaient arrivées.

La route de Dippoldiswald par Altenbourg présente les plus grandes difficultés. C'est un défilé continuel entre des montagnes et des bois. La masse des troupes destinées à se retirer par cette communication devait éprouver un grand encombrement et de grandes difficultés. Mais elles furent tout à coup beaucoup augmentées et d'une manière tout à fait imprévue.

Le général Barclay, supposant le général Vandamme au moment d'agir sur la route de Dippoldiswald, et ne voulant pas faire une marche de flanc aussi près d'un ennemi tout formé, chargea le général Osterman de remplir la mission qui lui était donnée, et lui, avec la majeure partie de ses troupes, imagina de changer de direction et de se jeter sur la route d'Altenbourg, afin de se réunir à la masse des forces de l'armée.

Il résulta de cette désobéissance, d'abord une horrible confusion sur la route d'Altenbourg, un prodigieux encombrement, et ensuite la route principale ne se trouva pas gardée par une force suffisante. Ainsi Vandamme, soutenu par la garde, n'eut plus devant lui que dix-huit mille hommes environ, obligés de défiler, pour ainsi dire, à sa vue, pour reprendre leur ligne de retraite, fort compromise. Les troupes entreprirent cette tâche difficile, et elles y parvinrent après avoir éprouvé d'assez grandes pertes. Une partie de la colonne, ayant été coupée sur la gauche, fut obligée de faire sa retraite isolément et à travers les bois.

Je rencontrai d'abord l'ennemi au village de Possendorf. Son arrière-garde fut culbutée. Nous lui prîmes deux mille cinq cents hommes, douze pièces de canon, cent cinquante voitures d'artillerie ou de bagages. Lorsque nous fûmes arrivés sur les hauteurs de Windiskarsdorf, presque toute l'armée ennemie nous apparut en mouvement dans diverses directions. De grosses colonnes, venant de Maxen, longeaient le pied des montagnes pour se porter par Frauendorf sur la route d'Altenbourg. Le quatorzième corps suivait et marchait sur Glasshüth, mais il était encore fort en arrière. Je vis aussi des masses considérables qui s'étaient retirées par Tharand et marchaient dans la direction de Frauenstein. Enfin j'avais en position devant moi, au débouché de Dippoldiswald, une ligne fort étendue, soutenue par une nombreuse artillerie, protégeant la position qu'elle avait prise et la marche de tous ces corps séparés, qui avaient peine à gagner le défilé sur lequel j'étais au moment d'arriver. L'ensemble de la position et la force des troupes que j'avais à combattre m'obligeaient à réunir mes moyens avant de rien engager.

Une fois en mesure d'agir, je marchai. La deuxième division, commandée par le général Lagrange, déboucha par la grande route qui conduit à Dippoldiswald en tournant la position de l'ennemi. Je plaçai ma cavalerie en arrière de la division du général Lagrange, prête à déboucher aussitôt que le passage serait ouvert. Enfin je laissai ma troisième division à Windiskarsdorf, pour me mettre à l'abri de toute entreprise de l'ennemi venant par ma gauche, et aussi à portée de soutenir le général Lagrange s'il en était besoin.

Une affaire assez vive s'engagea en même temps sur les deux débouchés. Les premières troupes du sixième corps culbutèrent les troupes ennemies qui leur étaient opposées. Des corps plus nombreux les arrêtèrent, mais de nouveaux efforts complétèrent le succès. L'ennemi avait, en arrière des défilés franchis, une nombreuse artillerie et des troupes toutes formées. Cet état de choses lui donnait sur nous un grand avantage; mais la valeur des troupes triompha promptement de ce nouvel obstacle. Partout Russes et Autrichiens furent culbutés. Nous restâmes maîtres des débouchés et du champ de bataille. Le général Compans fut occuper Dippoldiswald, et le général Lagrange s'était emparé de vive force des villages de Kessenig et de Benholtheim. La cavalerie du général Ornano avança le plus promptement possible, mais la nuit était presque arrivée; l'ennemi avait couvert de cavalerie toute la plaine, et il ne fut plus possible d'entreprendre rien de sérieux. En conséquence, mes troupes prirent position.