«D'abord, hier soir, les ordres de Votre Majesté m'ont trouvé près de Falkenheim. La plus grande partie de mon artillerie et de mes munitions est déjà à Dippoldiswald, et toute la journée ne suffirait pas pour la faire revenir devant l'ennemi.

«Ensuite, comme j'avais eu l'ordre précédemment de prendre position à la droite du maréchal Saint-Cyr, pour défendre les débouchés de la Bohême, la première opération que j'ai faite dans cet objet, pour soutenir la position que j'avais prise à Altenbourg, a été de faire des abatis sur toutes les communications directes, pendant l'espace de plusieurs centaines de toises. Toute la journée ne suffirait pas pour les détruire, et cependant la chose est indispensable pour pouvoir déboucher.

«Quant à l'ennemi, Sire, il n'a pas immédiatement l'attitude offensive, et il n'y a pas eu ... de la grande chaîne une quantité assez considérable de troupes pour espérer quelques résultats en cherchant à les combattre.

«Je vais récapituler rapidement ce qui s'est passé depuis cinq jours, afin que Votre Majesté puisse juger elle même la situation de l'ennemi.

«Je l'ai poussé dans sa retraite de toutes mes forces et je l'ai combattu près de Dippoldiswald, à Falkenheim et à Altenbourg. Il a été culbuté partout et nous lui avons pris ou forcé à détruire environ quatre cents voitures, la plus grande partie d'artillerie. Le jour du combat de Zinnwald, j'ai porté une avant-garde à une lieue en avant, c'est-à-dire à deux lieues de Toeplitz. De Zinnwald on voit Toeplitz et le plus épouvantable défilé que j'aie jamais vu. Le soir de ce combat j'ai appris l'événement arrivé au général Vandamme, et, cet événement changeant tout à fait ma position, j'ai dû m'arrêter, et j'ai passé le jour suivant sur le plateau de Zinnwald, ayant toujours mon avant-garde dans la même position. Cette avant-garde fut attaquée avant-hier par l'ennemi; elle le battit, lui tua beaucoup de monde et conserva sa position. L'ennemi revenant à son entreprise, il était facile de voir, à l'immense quantité de feux qui se voyaient dans la plaine de Toeplitz, qu'il y avait une grande armée au débouché. Par d'autres rapports je suis aussi informé que des retranchements et une nombreuse artillerie ferment ce passage.

«Ayant en l'ordre de m'appuyer sur le maréchal Saint-Cyr, je me suis replié hier de Zinnwald sur Altenbourg où j'ai pris position.

«Toute la journée d'hier a été employée à faire des abatis et à établir un bon système défensif. Ayant reçu l'ordre de mouvement sur Dippoldiswald, je me suis mis en mesure de l'exécuter, et mon artillerie est partie hier au soir. Sa marche a été pressée ce matin par la lettre que Votre Majesté m'a écrite hier à cinq heures du soir, par laquelle elle m'ordonne de me mettre en mesure de passer le pont de Dresde le 3, de manière que mon corps d'armée se trouve de Falkenheim à Dippoldiswald, cinq heures après le départ des dernières troupes de Zinnwald.

«L'ennemi a présenté d'abord quelque monde, ensuite environ quatre mille hommes, sans canons ni cavalerie. Ces troupes, je les ai vues, elles étaient près de moi, parce qu'un défilé, des bois et des marais nous séparaient; mes postes ne pouvant pas être placés plus avant, parce qu'ils auraient été bientôt enlevés. Des paysans m'ont rendu compte (mais je ne les ai pas vus) que six mille hommes, Russes et Prussiens et du canon, étaient arrivés sur les hauteurs de Furstenau. Enfin les seuls indices que j'aie sur les changements de projets de l'ennemi sont que l'armée, qui était en pleine retraite sur Thiresmstadt, est revenue sur Toeplitz et s'est placée au pied de la montagne, et enfin que les paysans qui arrivent de Toeplitz, où ils avaient accompagné les Russes, pour leur servir de guides, disent que l'ennemi veut retourner devant Dresde. Et je conclus de tout cela, Sire, que, si le projet existe, le moment de l'exécution n'est pas encore arrivé.

«Mes dernières troupes ont quitté Altenbourg à sept heures du matin. L'ennemi ne montre aucune intention de nous suivre. On n'a vu que deux escadrons.

«D'après tous ces motifs, Sire, et l'impossibilité où je suis d'exécuter vos ordres aujourd'hui, je continue mon mouvement sur Dippoldiswald.»