Le 22, le septième corps attaqua Wittstock, et s'en empara. Le quatrième s'approcha de Juhnsdorf et l'occupa après la retraite de l'ennemi. Le douzième corps resta en réserve. Le 23, le quatrième corps débouche et marche sur Blankenfeld; mais, après une faible attaque, il se replie sur Juhnsdorf. Au même moment, et pendant que le quatrième corps se replie, le septième se porte en avant, débouche des bois, et occupe Grossheeren. Les Prussiens, concentrés en arrière de ce village, et en échelons jusqu'à Heimersdorf, n'hésitèrent pas à profiler de l'occasion que leur offrait le mouvement isolé, et en pointe, de ce corps. Ils étaient devenus libres de leur mouvement sur leur gauche par la retraite du quatrième corps, et sur leur droite par le retard de l'arrivée du douzième. En conséquence, ils accablèrent le septième corps, qui avait été jeté ainsi, seul et imprudemment, loin de ses appuis. Ils le forcèrent à une retraite précipitée. Heureusement la tête du douzième corps arriva enfin au secours du septième. Elle le protégea dans sa retraite et contribua à le sauver d'un imminent péril. Le soir, toute l'armée française se trouva ainsi reportée en arrière des défilés, et couverte par les marais qu'elle avait franchis pour attaquer.

Dès ce moment, le duc de Reggio mit son armée en retraite, se rapprochant de l'Elbe par des mouvements successifs. Il vint prendre position à peu de distance, en avant de Wittenberg, où il arriva le 4 septembre. Le combat de Grossbeeren n'avait coûté à l'armée française qu'une perte de treize pièces de canon, et quinze cents prisonniers saxons, c'est-à-dire peu de chose pour une armée de plus de quatre-vingt mille hommes. C'était s'avouer, à bon marché, incapable de tenir la campagne.

L'armée ennemie, composée en très-grande majorité de Prussiens, était commandée par les généraux Bulow, Fauentzien, Woronzoff et Czernicheff, sous les ordres du prince royal de Suède. Sa force pouvait s'élever à cent mille hommes. Elle était remplie de cet enthousiasme national qui, pendant cette guerre, caractérisa d'une manière particulière les troupes prussiennes. L'armée française était inférieure de dix mille hommes. Composée en partie de Saxons et d'Italiens, elle était loin de posséder le même esprit. Cependant, si, au début de la campagne, Oudinot eût agi avec plus de vigueur et de célérité, il eût surpris l'ennemi dispersé pour vivre. Il aurait pu le battre en détail et arriver à Berlin; mais l'incertitude et l'incorrection des mouvements présidèrent aux premières opérations.

Napoléon, mécontent d'un semblable résultat, confia cette armée à un autre chef, qui eut l'ordre d'attaquer l'ennemi sans retard. Le maréchal Ney, chargé de remplacer le maréchal Oudinot, exécuta cet ordre de marcher en avant; mais il le fit d'une manière inconsidérée. Un homme raisonnable ne peut trouver l'explication satisfaisante des mouvements qu'il ordonna. Oudinot avait péché par un peu de timidité et d'incertitude; mais au moins il avait agi avec calcul et prudence; son armée était encore intacte quand il la quitta. En peu de jours, il en fut tout autrement sous son nouveau chef.

Pendant ces événements, la grande armée ennemie, battue devant Dresde, s'était retirée en Bohême, après avoir échappé, par le succès inopiné de Culm, à une destruction qui semblait devoir être certaine; mais, en même temps, l'armée de Silésie, dont il me reste à parler, éprouvait un de ces grands revers dont la série ne devait plus être interrompue pendant le reste de la campagne.

Napoléon, en quittant la Silésie, et en partant le 24 pour Dresde, avait laissé le commandement de l'armée française au maréchal duc de Tarente. Cette armée, diminuée du sixième corps que Napoléon emmenait avec lui, restait composée des troisième, cinquième et onzième corps d'armée, et du deuxième corps de cavalerie. Elle s'élevait à quatre-vingt mille hommes environ. Réunis autour de Goldsberg, les troisième et cinquième corps étaient en avant de cette ville; le onzième, et la cavalerie du général Sébastiani, en arrière.

Le général Blücher se décida à reprendre sur-le-champ l'offensive, et, dès le 25, il mit ses colonnes en mouvement. Le corps de Langeron fut dirigé sur Goldsberg pour observer l'armée française; celui de York resta à Jauer, et celui du général Sacken marcha sur Malitsch, dans la direction de Liegnitz. De son côté, le duc de Tarente, résolu d'attaquer l'ennemi qu'il supposait toujours réuni à Jauer, mit en marche ses corps d'armée de la manière suivante: le cinquième corps eut l'ordre de se porter en avant par Hennersdorf, à l'exception de la division Puthod, qui reçut celui de marcher sur Schönau, et de là sur Jauer. Le troisième corps dut passer la Katzbach, près de Liegnitz, et suivre la grande route par Neudorf et Malitsch. Le onzième corps eut pour instruction de passer au gué de Schmogwitz et de remonter la rive droite de la Wüthende-Neisse par Brechelshof. Enfin la cavalerie de Sébastiani reçut l'ordre de passer par Kroitsch et Nieder-Crayn, en suivant la rive gauche de la Wüthende-Neisse.

Tous ces mouvements eurent lieu le 26. Or, ce jour-là même, l'armée de Blücher continuait son mouvement offensif. Sacken et York devaient passer la Katzbach au-dessus de Liegnitz, et attaquer ainsi la gauche de l'armée française en la tournant. Une pluie épouvantable, qui tombait depuis plusieurs jours, avait grossi les rivières et les ruisseaux, et en avait fait déborder plusieurs. Enfin le temps était obscur et les mouvements incertains. Le onzième corps, après avoir passé la Katzbach, se trouva inopinément en face des corps de Sacken, marchant dans la direction de Eichholtz, et de York, occupant les hauteurs de Bellwitzhof. Le corps de Langeron était attaqué, de son côté, par le cinquième corps, qui débouchait de Goldsberg. En ce moment, le troisième corps, ayant reçu ses ordres de mouvement trop tard, se trouvait en arrière. Voulant réparer le temps perdu, il se dirigea sur le gué de Kroitsch pour y passer la rivière; mais sa marche se trouva contrariée par le mouvement de la cavalerie, dont la direction croisait la sienne, et il y eut un grand encombrement et une grande lenteur dans le mouvement, causé par cette rencontre au village de Kroitsch. La gauche du onzième corps, se trouvant ainsi sans appui, l'ennemi se hâta de la tourner par une nombreuse cavalerie. Elle fut ainsi vivement pressée, tandis que la division Horn, la division du prince de Mecklembourg du corps de York, et la division de Hunneberg, en face de Schlaupe, observaient l'autre rive de la Wüthende-Neisse. La gauche du onzième corps ne put être que faiblement soutenue par la cavalerie, qui, d'abord arrêtée, ainsi que je l'ai dit, par la rencontre du troisième corps, et ensuite par le défilé de Nieder-Crayn, où tout se trouvait pêle-mêle, arrivait seulement par détachement et ne pouvait agir que par des efforts partiels et impuissants. À la nuit, le onzième corps fut obligé de céder à la fois de tous les côtés. Une seule division du troisième corps avait pu entrer en ligne. Il se trouva ainsi que le duc de Tarente n'avait opposé que trente-deux mille combattants à l'ennemi, qui lui en avait présenté plus de cinquante mille. Une division du troisième corps, débouchant par Nieder-Crayn, voulut arrêter la poursuite; mais elle fut culbutée par les Prussiens, qui s'emparèrent du défilé, prirent le parc d'artillerie du onzième corps et tous ses bagages.

Le duc de Tarente, n'ayant d'autre retraite que sur la Katzbach, et le gué de Schmogwitz, fit rétrograder les deux divisions du troisième corps qui n'avaient pu entrer en ligne. Elles passèrent ce gué et gravirent les hauteurs au pied desquelles coule la Katzbach, pendant que le onzième corps, acculé à la rivière, soutenait un combat inégal.

Pendant la nuit, tout le reste de l'armée repassa la Katzbach. La gauche se rallia à Liegnitz et se retira sur Buntzlau. Le cinquième corps, attaqué le 27 devant Goldsberg par le corps de Langeron, fut forcé à la retraite. Dépourvu de cavalerie pour protéger son mouvement, il perdit dix-huit pièces de canon. Il arriva le soir à la hauteur de Löwenberg. Le 28, il repassa le Bober à Buntzlau avec les troisième et onzième corps. Les pluies avaient tellement enflé cette rivière, que ce point était le seul où il fût possible de la franchir.