Dans les dispositions offensives faites par le duc de Tarente, la division Puthod, du cinquième corps, avait été dirigée, comme nous l'avons vu, sur Schönau, d'où elle devait marcher sur Jauer pour se réunir à l'armée. Elle se trouvait à Molkau pendant la bataille de la Katzbach. Quelque diligence qu'elle fit, elle ne put arriver à temps pour se réunir à son corps d'armée à Goldsberg, et, celui-ci forcé à la retraite, elle se trouva abandonnée. Le général Puthod se retira sur Hirschberg; mais, le pont étant rompu, et le Bober trop fort pour qu'on pût le rétablir, il descendit la rivière et arriva à Löwenberg le 29. Il y fit des efforts inutiles pour rétablir le pont. Suivi par le corps de Langeron, et ne pouvant se rendre à Buntzlau, où il avait été prévenu par le général Radrewicz et la cavalerie du général Koeff, le général Puthod se trouva enveloppé de toutes parts. Il prit la résolution généreuse de combattre jusqu'à extinction. Il s'établit sur les hauteurs de Plagwitz, en avant de Löwenberg, et attendit l'ennemi de pied ferme. Attaqué par deux divisions d'infanterie et une de cavalerie, il succomba, après avoir fait une défense opiniâtre. Cette courte campagne de cinq jours coûta à l'armée française dix mille hommes tués ou blessés et quinze mille prisonniers.

Il est difficile de concevoir une opération plus mal conçue et plus mal conduite. La division des forces et leur éparpillement eurent lieu sans motif raisonnable. La marche en avant fut exécutée sans prudence et sans connaître les dispositions de l'ennemi. Cette offensive, prise sur un si grand front, et particulièrement à gauche, au lieu de l'appuyer à la droite, par où était la communication la plus courte et la plus directe avec Dresde, seul point de retraite de l'armée, est une de ces fautes qui paraissent incontestables. Le retard apporté dans les ordres donnés au troisième corps, et le croisement des colonnes, résultat d'une fausse direction, expliquent suffisamment la catastrophe.

Ce revers, avec l'événement funeste de Culm, décidèrent du sort de la campagne. Le maréchal Macdonald, homme de courage, dont le caractère droit et honorable mérite l'estime et l'affection de tous ceux qui le connaissent, n'aurait jamais dû être chargé d'un semblable commandement; sa capacité, fort médiocre, le rend peu propre à un grand commandement. Le temps s'écoule avec lui en vaines paroles. Il a cette activité malheureuse de certains hommes qui se laissent absorber dans les circonstances les plus importantes par les détails les plus minutieux. À l'armée, il écrit lui-même les lettres relatives au service. Cette seule circonstance le fait connaître. Aussi aucune disposition ne fut-elle prise à temps et à propos. La confusion régna partout, et l'armée, diminuée d'un tiers, perdit en outre la confiance qui, jusque-là, l'avait animée.

D'un autre côté, il est étrange que, dans son offensive, Blücher ne se soit pas appuyé aux montagnes de Bohême, et n'ait pas agi particulièrement par sa gauche. S'il eût manoeuvré de manière à arriver, après un succès, avant l'armée française à Löwenberg, il était maître de la communication la plus courte avec Dresde, et il pouvait rendre sa retraite plus difficile et plus périlleuse.

L'Empereur partit de Dresde, le 3 septembre, avec sa garde et mon corps d'armée. S'il eût employé les quatre jours qui venaient de s'écouler à compléter ses succès dans la poursuite de la grande armée, il eût été le maître des événements. Il eût pu réparer sans peine les malheurs arrivés en Silésie. Toute compensation faite, il lui restait encore de grands avantages; mais le malheur de Vandamme et le désastre de Silésie firent une masse de maux trop grande pour pouvoir rétablir l'équilibre, surtout après le parti pris par les ennemis d'éviter dorénavant de combattre Napoléon en personne, et de se contenter de le harceler, de le fatiguer, et d'user ses troupes par des marches, jusqu'au moment où la diminution de ses forces mettrait entre les deux armées une telle disproportion, qu'il n'y aurait plus aucune incertitude dans le succès et le résultat de la lutte.

Le 4, Napoléon, après avoir dépassé Bautzen, rencontra le duc de Tarente se disposant à évacuer les positions de Hohenkirchen, et à repasser la Sprée. Il l'arrêta, lui ordonna de se reporter en avant. L'avant-garde ennemie fut culbutée et se dirigea en arrière de Lauban.

Le 5, l'Empereur porta la majeure partie de ses forces sur Reichenbach. L'ennemi se replia sur Görlitz, et se plaça derrière la Neisse à Lauban. Autant par suite du système dont j'ai rendu compte plus haut qu'à cause de l'arrivée prochaine de l'armée de Benningsen, puissant renfort, on devait s'attendre à voir Blücher se retirer plus loin si l'Empereur passait la Neisse. En conséquence, toute offensive de ce côté devant être sans résultat, et pouvant même avoir des conséquences funestes à cause du mouvement de la grande armée alliée sur Dresde, Napoléon quitta l'armée de Silésie le 8. Il la laissa en position à Hohenkirchen, après lui avoir donné pour renfort le huitième corps. Ce secours réparait en partie ses pertes, et la portait à une force d'environ soixante-dix mille hommes. Le duc de Tarente, au lieu de faire des démonstrations pour en imposer à l'ennemi, se tint tranquille, et annonça ainsi à Blücher le départ de Napoléon. Dès lors le général prussien se disposa à reprendre l'offensive.

Je reçus en même temps l'ordre de me rendre à Camenz afin d'être, tout à la fois, à portée de l'Elster-Noir et de Lukau. Je devais être ainsi en mesure, suivant les circonstances, de faire une diversion en faveur du prince de la Moskowa, ou bien de me rendre à Dresde. Le 8, je me portai à Hoyerswerda, et je dirigeai une forte avant-garde sur Senftenberg et des coureurs dans la direction de Lukau. En même temps j'avais donné l'ordre au cinquième corps de cavalerie, commandé par le général Lhéritier, mis à ma disposition, de partir de Grossenhayn pour Roulau, afin de m'appuyer; mais dans la nuit je reçus l'ordre de me rapprocher de Dresde à marches forcées. Le 9, j'arrivai à Ottendorf, et, le 10, à Dresde, où je m'arrêtai. J'occupai la ville et le camp retranché. Je pus enfin faire reposer mes troupes. Mon corps d'armée avait marché, pendant vingt-deux jours, sans un seul séjour, livré un assez grand nombre de combats, et fait souvent des marches de douze lieues; mais il était bien organisé. L'esprit en était admirable. À l'exception des blessés, un très-petit nombre d'hommes seulement se trouvaient en arrière. Il ne manquait pas une pièce de canon, ni une voiture d'artillerie ou d'équipages.

L'Empereur avait été rappelé à Dresde par les mouvements offensifs du prince de Schwarzenberg. En effet, l'avant-garde de Wittgenstein s'était avancée, le 5, à Peterswald, et le 6, à Berggieshübel, avec la division prussienne de Ziethen. Le prince Eugène de Wurtemberg, avec la cavalerie de Pahlen, débouchait sur Dippoldiswald, tandis que le général Klenau s'avançait vers Chemnitz. Le prince de Schwarzenberg, avec les corps autrichiens de Colloredo, Chasteler, Giulay et les réserves, avait pris la direction d'Aussig, pour y passer l'Elbe, et manoeuvrer sur la rive droite. Le 7, Wittgenstein occupa Pirna, et, le 8, se porta vers Dohna où étaient réunis les premier, deuxième et quatorzième corps.

L'Empereur, de retour, le 7, à Dresde, se rendit, le 8, au camp de Dohna. L'avant-garde de Wittgenstein fut culbutée. Ce général se replia sur Pirna. Le même jour, le prince de Schwarzenberg, en plein mouvement, fut instruit de la présence de Napoléon. Il se retira aussitôt, et vint prendre la position qu'il avait choisie en avant de Toeplitz. Le 9, Napoléon porta la plus grande partie de ses forces sur Liebenthal. Ce mouvement menaçant de tourner le corps de Wittgenstein, celui-ci se retira sur Nollendorf, où il fut joint par le corps de Kleist. Les troupes aux ordres de Klenau se rapprochèrent de Toeplitz, et vinrent prendre position au Sebastiansberg.