Cette réunion de troupes à Grossenhayn détermina Blücher à renforcer sa droite et à porter le corps de Sacken à Kamens. Ce mouvement décida le duc de Tarente à se rapprocher encore davantage de Dresde, et à prendre position à Harta. Les avant-postes de l'armée de Berlin étaient établis sur l'Elster noir. Pendant notre séjour à Grossenhayn, la grande armée recommençait des démonstrations offensives. L'ennemi se porta en avant et fit replier les corps français occupant les différents débouchés. Napoléon partit le 15 de Dresde avec sa garde, et vint à Berggieshübel; mais la disposition générale de l'armée ennemie était toute défensive, et la masse de ses troupes, placée dans le bassin de Toeplitz, en face des débouchés, occupait une position inexpugnable.

Le 16 au matin, le prince de Schwarzenberg avait ses troupes placées de la manière suivante: le corps de Wittgenstein à Peterswald; la division Czenneville à Eichwald, sur la route de Zinnwald; celle du prince Maurice Liechtenstein, à Klostergraben; une avant-garde sous les ordres du général Longueville en avant d'Aussig, sur la route d'Eule; le corps de Kleist à Mariaschein; les grenadiers et les cuirassiers russes à Sabachleben; les gardes russe et prussienne à Toeplitz; le corps de Colloredo à Culm; celui de Meervelt à Aussig; celui de Giulay à Brunn; celui de Klenau à Marienwerder, et les réserves de cavalerie à Breslau.

À midi, Napoléon continua son mouvement en avant. Le corps de Wittgenstein se replia sur Culm. La division Ziethen fut portée dans des abatis qui avaient été faits entre Tellenitz et Jutterbach. Le corps de Colloredo était appuyé à droite à Strekowitz. Napoléon occupa le soir les hauteurs de Nollendorf.

Le 17, la division Ziethen, attaquée par la division Mouton-Duvernet, du premier corps, fut poussée sur Culm. Le combat s'engagea alors avec le corps de Wittgenstein. Les villages d'Arbesau, d'Islisich, de Jourdorf, furent emportés; mais le corps de Meervelt s'avança d'Aussig sur Nollendorf, tandis que celui de Colloredo s'avançait sur Neudorf et Kniemts. Il attaqua Arbesau, qui fut évacué. La jeune garde, qui l'occupait, en fut chassée après avoir fait des pertes considérables, et le premier corps se retira sur Nollendorf. Napoléon, voyant l'impossibilité de déboucher devant des forces aussi considérables, ramena ses troupes en avant de Berggieshübel, et rentra avec sa garde à Dresde le 18. Ce mouvement, recommencé pour la troisième fois, et fatigant pour les troupes, avait été encore sans résultat.

Le prince de Schwarzenberg attendait pour agir que le corps de Benningsen, fort de soixante mille hommes, qui, dès le 17, avait sa tête à Löwenberg, fût rapproché davantage de Dresde.

Napoléon voulut tenter de nouveau la fortune, et essaya d'éloigner Blücher. Il se rendit le 22 à Hatzan, et mit en mouvement les troisième, cinquième et onzième corps. L'avant-garde de Radrewitch fut attaquée à Bischofswerda. Forcée d'évacuer cette ville, elle se retira jusqu'à Gordau; mais Napoléon, ayant vu toute l'armée de Silésie en position à Bautzen, tandis que le corps de Sacken s'approchait sur sa gauche pour menacer la communication de Bischofswerda, ne se trouvant pas assez fort pour livrer bataille, se retira et ramena les troupes dans la position concentrée de Weissig, à deux lieues de Dresde. Il s'en tint encore à une simple démonstration.

Le 24 et le 25, l'armée de Silésie, remplacée dans ses positions par l'armée de Benningsen, fit un mouvement général par sa droite pour se rapprocher de l'Elbe et de l'armée du Nord. Le corps de Tauentzien, appartenant à cette dernière armée, occupait déjà, depuis quelque temps, une position intermédiaire entre les deux armées et en établissait la liaison. Le corps de Sacken se présenta devant Grossenhayn pour couvrir ce mouvement. Le roi de Naples était retourné à Dresde, et j'avais sous mes ordres, outre le sixième corps d'armée, les premier et cinquième corps de cavalerie. Le 25 au soir, je reçus l'ordre de repasser l'Elbe à Meisson et de me porter sur Wurtzen et Eulenbourg.

Le 26 au matin, je pris position sur les hauteurs de Wanterwitz, position formidable où j'étais en mesure de résister à des forces supérieures. J'avais laissé une forte arrière-garde, composée de la plus grande partie du cinquième corps de cavalerie. Celle-ci fut attaquée par une grande masse de Cosaques appartenant à l'armée de Silésie. Elle fut mise dans un grand désordre. Le général Lhéritier, son commandant, s'était fait une bonne réputation comme colonel: mais il n'avait pas assez de tête pour commander des forces considérables. Les défilés en arrière étant fort mauvais, il devenait important de ne pas laisser l'ennemi trop près de nous pendant notre marche. Je reportai cette cavalerie en avant, après l'avoir ralliée moi-même, sans autre secours que ma seule présence et quelques mots adressés aux premiers fuyards. Nous restâmes en repos le reste de la journée. Le 27, mon arrière-garde repassa l'Elbe. L'ennemi, ayant suivi immédiatement, voulut tenter un coup de main sur la tête de pont, mais il fut vaillamment repoussé par le 10e provisoire, composé d'un bataillon des 11e et 16e de ligne. Je laissai le général Cohorn, avec sa brigade, pour garder ce poste important, jusqu'à ce qu'il fût relevé par des troupes appartenant à un autre corps, et je me mis en route par Oschatz, Wurtzen et Eulenbourg.

Pour expliquer ce qui va suivre, il faut maintenant que je fasse connaître la position du prince de la Moskowa. Après la défaite de Dennewitz, le prince de la Moskowa avait repassé l'Elbe à Torgau. Il avait réorganisé son armée. Le douzième corps avait été dissous, et la division bavaroise, qui s'y trouvait, envoyée à Dresde. Le restant des troupes, réuni à la division Guilleminot, avait été attaché au quatrième corps. Par suite cette armée ne se trouvait plus composée que de deux corps, le quatrième et le septième. Elle se mit en mouvement, le 25, pour descendre l'Elbe. Le 27, le prince de la Moskowa était à Oranienbürg avec le quatrième corps, et le septième à Dessau. Ces troupes observaient les ponts d'Acken et de Roslau. L'avant-garde suédoise, après avoir occupé Dessau, avait évacué cette ville, et s'était retirée sur la tête de pont. Là, un bataillon saxon déserta à l'ennemi avec armes et bagages. Un léger combat avec les Suédois fut livré en avant de Dessau. Toute l'armée du Nord, commandée par le prince royal de Suède, placée en face, sur la rive droite du fleuve, observait les garnisons de Wittenberg et de Torgau. Des opérations de siége furent même commencées par le général Bulow contre Wittenberg.

D'un autre côté, depuis quelque temps, des détachements de troupes légères désolaient les derrières de l'armée française. Czernicheff avec ses Cosaques s'était avancé au delà de la Saale. Le général Tielemann, déserteur du service de Saxe, s'était porté avec un corps franc dans les environs de Leipzig, et se trouvait en liaison avec le colonel autrichien de Mensdorf, qui opérait dans les mêmes cantons.