L'Empereur détacha vers ce point le général Lefebvre-Desnouettes avec quatre mille chevaux, pour donner la chasse à ces partisans; et, comme, en même temps, la route de Dresde à Chemnitz avait été interceptée par la brigade autrichienne de Scheilher, qui avait enlevé à Freyberg trois cents hussards westphaliens, le général Kleist faisant aussi des démonstrations de ce côté, il envoya à Freyberg le deuxième corps pour garder ce débouché. Le 11 septembre, Thielmann avait paru à Weissenfels, et inutilement attaqué un convoi en route pour Leipzig. Il fut plus heureux à Naumbourg, qu'il enleva. Il prit ensuite Mersebourg, et cinq cents hommes par capitulation. Là il fut attaqué par Lefebvre-Desnouettes, qui le battit. Il se retira sur Zeist et Zurchau, mais après avoir vu délivrer ses prisonniers, Lefebvre-Desnouettes vint ensuite occuper Altenbourg. Platow l'en chassa, non sans lui faire éprouver d'assez grandes pertes, par suite des mauvaises dispositions prises par le général français en se retirant. Il avait imprudemment livré combat en avant d'un défilé. Après cet échec, Lefebvre-Desnouettes se rendit d'abord à Weissenfels, et de là revint à Leipzig.
Le 25 septembre, Czernicheff, parti avec trois mille chevaux d'Eisleben, arriva devant Cassel, dans la nuit du 27 au 28. Un bataillon d'infanterie, placé en avant de la ville et forcé dans sa position, se retira après avoir éprouvé quelque perte. Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, voyant les symptômes d'une insurrection, s'éloigna, laissant le général Alix pour défendre Cassel avec deux bataillons.
Le 30, Czernicheff fit attaquer Cassel et s'en empara, aidé d'un mouvement national qui éclata en sa faveur. Après avoir proclamé, au nom des souverains alliés, la dissolution du royaume de Westphalie, il évacua la ville en emportant tout ce qu'elle renfermait de richesses publiques transportables et après avoir organisé une insurrection systématique dans cette portion de l'Allemagne.
Le 29, au matin, j'arrivai à Wurtzen. J'y reçus une lettre du duc de Padoue qui commandait à Leipzig. Il m'annonçait la présence de l'ennemi, et la crainte d'être obligé d'évacuer cette ville. Je continuai mon mouvement sans perdre un moment, et j'arrivai, le soir même du 28, à Leipzig avec la tête de mes forces. Je mis le reste à portée, je nettoyai les environs des ennemis qui s'y trouvaient. Je restai dans cette position jusqu'au 3.
Le 2 octobre, Blücher se décida à prendre l'offensive. Il se porta, avec les corps de Bulow et de Tauentzien, au confluent de l'Elster et de l'Elbe, jeta, dans la nuit, deux ponts et opéra son passage. Le général Bertrand, chargé de s'y opposer, occupant une position avantageuse, résista pendant la plus grande partie de la journée; mais, vers les cinq heures, il fut forcé, et opéra sa retraite dans la direction de Dessau. Pendant ce temps, les Suédois avaient débouché par le pont de Roslau, et s'étaient avancés sur Dessau. Le maréchal Ney, avec le septième corps, et rejoint par le quatrième, se replia, remonta la rive gauche de la Moldau, et occupa Bittersfeld et Düclitsch. Informé de ces événements dans la nuit du 3 au 4, je me rendis, en toute hâte, avec mon corps, à Düben, afin d'offrir un point d'appui au général Bertrand, et de favoriser sa retraite. Je recueillis effectivement les troupes wurtembergeoises qui faisaient partie de son corps et qui s'y étaient retirées, le reste de ce corps ayant rejoint la septième. L'ennemi se présenta bientôt en force devant moi. Le poste de Düben n'étant pas tenable, je repassai la rivière, et pris position en face. Une berge élevée, à une demi-portée de canon de la ville, me donnait tous les moyens de défendre avec succès ce défilé. L'ennemi fit plusieurs tentatives pour déboucher; mais il fut constamment repoussé.
Je plaçai de la cavalerie en observation sur la rive gauche de la rivière, pour me lier avec les troupes du maréchal Ney.
Dans cette position nous pouvions attendre ce que ferait l'ennemi; mais tout à coup, celui-ci ayant présenté des forces considérables en face de Bittersfeld sur la rive droite, le maréchal Ney s'effraya de sa position, et, quoique l'ennemi n'eût rassemblé aucun moyen de passage, et montré aucune disposition de le tenter, le maréchal Ney me fit prévenir qu'il se retirait sur Kamens. Ce mouvement laissait ma gauche tout à fait à découvert et compromettait beaucoup ma position. Me retirer cependant, en plein jour, étant aussi rapproché de l'ennemi, était fort délicat. Je masquai mes préparatifs et mon mouvement aussi bien que possible, et je l'effectuai sans accident, avec précision et vitesse. J'allai prendre la belle position de Hohen Priegnitz, en liant ma gauche avec le prince de la Moskowa, auquel je demandai une entrevue pour pouvoir arrêter avec lui ce qui nous restait à faire. Nous ne pûmes nous comprendre. Il fut impossible de lui faire entendre que rien ne pressait dans nos mouvements de retraite, et qu'il fallait attendre que l'ennemi se montrât en force pour se retirer. Le maréchal Ney, brave et intrépide soldat, homme de champ de bataille, n'entendait rien à la combinaison des mouvements. Son esprit s'effrayait de ce qu'il ne voyait pas. Jamais les calculs ne dirigeaient ses actions. C'était toujours chez lui le résultat de la sensation du moment et comme un effet de l'état de son sang. Il pouvait s'en aller aussi bien devant trente mille hommes en ayant cinquante qu'en attaquer cinquante avec vingt. Toutefois, dans la circonstance, il était dans une disposition de crainte irréfléchie et exagérée. Il ne voulut pas s'arrêter, quoique des troupes légères seules fussent en présence.
Ce maréchal ayant continué son mouvement, j'allai occuper le même jour, 6, les hauteurs d'Eulenbourg où je campai. Leipzig se trouvant de nouveau menacé, dès le lendemain je me portai sur cette ville, par Taucha, afin de la couvrir, et de protéger l'arrivée d'un convoi retenu à Naumbourg. Je l'y fis entrer.
Le 8, ayant fait une forte reconnaissance du côté de Delitzsch, je trouvai devant moi des forces de cavalerie assez considérables; mais elles se retirèrent après une légère résistance.
Pendant que ces divers mouvements s'opéraient, Napoléon fit les dispositions suivantes. Il laissa le maréchal Saint-Cyr à Dresde, avec les premier et quatorzième corps, et les chargea de garder les débouchés de la Bohême de ce côté. Le cinquième corps reçut l'ordre de se rendre à Freyberg avec le huitième. Réunis au deuxième, ces trois corps furent mis aux ordres du roi de Naples, et chargés de couvrir les débouchés de la Bohême sur Leipzig. Le 7, Napoléon se mit en mouvement pour descendre l'Elbe et se rapprocher de l'armée de Silésie, que son intention était de combattre. Il partit avec les troisième et onzième corps et sa garde. Le 9, il s'avança à Eulenbourg, où il fut rejoint par les quatrième et septième corps. Le même jour, je me portai, conformément à ses ordres, dans la direction de Düben, et je campai à la hauteur d'Eulenbourg. Une très-nombreuse cavalerie était devant moi et je dus marcher avec lenteur et précaution, n'ayant plus avec moi les premier et cinquième corps de cavalerie. Je trouvai l'ennemi formé près de Koblein, soutenu par une nombreuse artillerie: mais il n'entreprit rien de sérieux et se retira après un engagement de trois quarts d'heure environ. Le 10, je me réunis, à Düben, à l'Empereur, et j'occupai Delitzsch par une division et de la cavalerie.