Pendant que Napoléon s'était porté sur la Muldau et campait à Düben, la grande armée de Bohême était entrée en mouvement. Le corps de Colloredo et l'armée de Benningsen s'étaient portés sur Zeist et Pirna. Le 9, ce mouvement offensif continua. Le 10, Benningsen, arrivé devant Dresde, où les deux corps français s'étaient retirés, laissa devant cette place Tolstoï avec vingt mille hommes, et marcha sur Leipzig avec le reste de ses forces, en se dirigeant par Nossen et Colditz.

Dès le 6, la grande armée de Schwarzenberg avait commencé aussi à se mettre en marche. Le général Klenau vint devant Penig, où était une division du huitième corps, et Wittgenstein devant Altenbourg, où était l'autre partie de ce corps d'armée, et Poniatowski en personne. La route de Freyburg à Chemnitz fut rouverte en chassant la division Murrai de la position qu'elle occupait près de Flohe, et le troisième corps d'armée, aux ordres du roi de Naples, opéra avec la cavalerie par sa droite pour se rapprocher de Leipzig et couvrir cette ville contre les troupes qui débouchaient de la Bohême. Enfin les deux armées étaient, le 13, en présence près de Leipzig. Les Français occupaient Wachau et Liebertwolkwitz, ayant une avant-garde vers Groebern et Goffa.

Le 14, le prince de Schwarzenberg fit faire une reconnaissance générale par les corps de Wittgenstein et de Klenau. Un combat de cavalerie fut à notre avantage, et chacun rentra le soir dans ses positions.

Le corps commandé par le maréchal duc de Castiglione, appelé de Würzbourg, où il était trop faible pour résister aux attaques de l'armée bavaroise, qui d'alliée allait devenir ennemie et quitter l'Inn pour marcher sur nos communications, était arrivé, le 9 octobre, à Naumbourg. Le prince Maurice de Liechtenstein, envoyé à sa rencontre, voulut lui barrer le chemin entre Naumbourg et Weissenfels; mais le maréchal le chassa devant lui. Il arriva le 18 à Leipzig, tandis que le corps de Giulay, aussi dirigé de ce côté dans le même but, entrait à Weissenfelds, qui venait d'être évacué.

Le 12, je reçus l'ordre d'aller prendre position à Delitzsch, et j'en chassai l'ennemi; mais, ayant été mis à la disposition du roi de Naples, je fus appelé par lui de la manière la plus pressante, et je partis immédiatement. Je me rendis, à marches forcées, de l'autre côté de Leipzig, et j'allai prendre position à Stoetteritz le 13 au soir.

Dans la nuit, je reçus l'ordre de l'Empereur de rétrograder, et de chercher une position au nord de Leipzig, qui couvrit cette ville du côté de Halle et de Landsberg. J'avais déjà assez parcouru le pays pour connaître cette position existante à une lieue et demie de Leipzig, à Liebenthal et Brettenfeld, sur le terrain même où Gustave-Adolphe combattit, il y avait alors cent quarante-deux ans, et avait remporté une victoire signalée. J'allai l'occuper; après avoir reconnu avec soin et détail le champ de bataille, je m'assurai qu'il était trop vaste pour mon corps d'armée; mais qu'avec des travaux d'une exécution facile, et trente mille hommes, je pouvais tenir en échec, pendant vingt-quatre heures, les armées du Nord et de Silésie. J'en rendis compte à Napoléon, qui me prescrivit d'exécuter sans retard les travaux, et m'annonça que, le moment venu, j'aurais le troisième corps à ma disposition, ce qui porterait ma force au nombre d'hommes que j'avais déterminé. Je me mis à la besogne, et ne négligeai rien pour remplir la tâche imposée. Je fis faire de nombreux abatis dans le bois, en avant de Liebenthal et en arrière de Radfeld. Puis je l'occupai fortement. Ce bois devint comme une forteresse. Badfeld fut aussi occupé par mon avant-garde, qui en chassa un corps de cavalerie considérable, soutenu par une artillerie assez nombreuse.

Pendant la journée du 15, les troisième, quatrième, septième et onzième corps, et la garde, firent leur mouvement sur Leipzig, qu'ils traversèrent. Les troisième et quatrième restèrent à Eustritz, en arrière de moi. Le onzième et la garde allèrent se mettre en ligne contre la grande armée, et le septième se porta sur Taucha.

Le 15, dans la journée, des sapeurs, pris deux jours auparavant près de Delitzsch, conduits au quartier général à Halle, et qui s'étaient échappés, m'informèrent de la marche des armées combinées du Nord et de Silésie. D'après ces rapports, elles devaient être en présence, selon toutes les apparences, le lendemain, 16, au matin.

J'en prévins Napoléon, dont le quartier général était à Reudnitz, près de Leipzig. Le 15, au soir, la cavalerie et l'artillerie, que j'avais devant moi, furent soutenues par de l'infanterie. Je fis replier mes postes éloignés, jetés sur les bords de l'Elster. J'en donnai avis à l'Empereur. Vers dix heures du soir, je montai sur le clocher de Liebenthal, et je pus voir de mes yeux tous les feux de l'armée ennemie. L'horizon en était embrasé. Je me hâtai d'en rendre compte à l'Empereur et de lui rappeler que ma position exigeait trente mille hommes. Je lui demandais de ne pas perdre un moment pour mettre à ma disposition le troisième corps qu'il m'avait promis.

J'attendais avec impatience le résultat de mes rapports et les effets qui en seraient la suite, quand, le 16, à huit heures du matin, je reçus une lettre de Napoléon, apportée par un de ses officiers d'ordonnance, appelé Lavesaut. Dans cette lettre, il critiquait tous mes rapports et leur conclusion. Il prétendait que j'étais dans une erreur complète. Je n'avais, disait-il, personne devant moi. Il me donnait en conséquence l'ordre de me retirer immédiatement sur Leipzig, de traverser cette ville, et de venir former la réserve de l'armée [5].