—Il m'est arrivé, à moi aussi, une fois, d'observer ce phénomène, fit le capitaine en s'approchant d'eux et en se mêlant à leur conversation. Je me promenais un jour sur une terrasse avec des camarades; la chaleur était suffocante et nous avions ôté nos chapeaux. Tout à coup, à notre grand étonnement, nous reconnûmes que la pointe de nos cheveux brillait et quand nous eûmes touché nos têtes, des feux semblables scintillèrent aux extrémités de nos doigts.


En ce moment Hélène s'aperçut qu'une troupe de dauphins s'approchait rapidement du navire.

Elle ne connaissait ces jolis animaux que par les images et regardait maintenant avec une grande curiosité comme ils tournaient gaiement autour du navire et avec quelle adresse surprenante ils bondissaient hors de l'eau, en arquant leur beau corps brillant. Tous leurs mouvements étaient extrêmement rapides et enjoués; ils semblaient rouler ou courir sur les vagues plutôt qu'ils ne nageaient. Les matelots eux-mêmes se groupèrent près du bord pour voir s'ébattre ces pétulants animaux, qui tantôt s'élançaient, tantôt faisaient la culbute, tantôt sautaient l'un par-dessus l'autre et se cachaient de nouveau dans l'eau; ou bien, s'approchant du navire, ils avançaient leur tête hors de l'eau, comme pour mieux examiner l'équipage; puis, plongeant rapidement, passaient en dessous du navire pour apparaître du côté opposé, et se mettaient à nager en avant. Chaque fois qu'ils émergeaient à la surface, ils s'ébrouaient sourdement et laissaient échapper un petit jet d'eau. Le dos noir luisant de ces beaux animaux s'irisait au soleil de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, tandis que le ventre avait la teinte blanche et mate de la porcelaine. Après s'être ainsi divertie à son aise, toute la troupe prit soudain une autre direction et disparut hors de vue.


Plusieurs jours se passèrent. Une fois, en montant sur le pont, Hélène fut surprise de la lenteur avec laquelle le navire s'avançait.

—Dites-moi, je vous en prie, fit-elle en s'adressant au capitaine, pourquoi le vaisseau marche-t-il si lentement? La brise semble même un peu plus fraîche qu'hier et cependant voyez comme il se traîne!

—Nous sommes entrés dans la mer des Sargasses, répondit le capitaine; le fond en est couvert d'innombrables espèces d'algues, qui occupent ici un espace égal à celle de la France entière.

—Que dites-vous! s'écria Hélène. La mer est-elle si basse ici que les algues arrivent à frôler la coque du navire?

—Non, ma fillette chérie, elle est ici d'une très grande profondeur. Mais ces algues peuvent atteindre jusqu'à 100 toises de hauteur et leurs touffes épaisses s'élèvent jusqu'à la surface. Les marins n'aiment guère des endroits pareils, mais pour les animaux du monde sous-marin, cette végétation luxuriante a une importance extrême. Sans algues, la mer ne serait qu'un steppe nu et désert, incapable de nourrir cette faune infiniment riche qui remplit maintenant l'Océan. Ces forêts vierges, ces bois et ces plaines sous-marins servent de grenier d'abondance à tous les habitants de la mer.