Après avoir éteint le feu, elle s'achemina courageusement en avant avec son fidèle «Petit ami». Elle rencontrait, de-ci, de-là, des plantes et des arbres inconnus, mais elle ne s'arrêtait pas, voulant être de retour chez elle au moins vers le soir.
Bientôt elle se trouva sur la lisière d'un bois devant une montagne haute et escarpée. La matinée était d'une sérénité délicieuse. Aucune brise ne soufflait. A grand'peine Hélène gravit le versant et, tout essoufflée, s'arrêta au sommet. Le ciel était parfaitement pur; seulement en bas, près du bord, flottait une sorte de brouillard à demi transparent. Une vue magnifique se déroulait sur tout le pays avoisinant et sur la mer. Là-bas, au milieu des forêts séculaires qui s'étendaient sur un grand espace, scintillaient par endroits de petits lacs et des ruisseaux qui, semblables à des fils d'argent, serpentaient parmi la verdure fraîche des clairières et des forêts.
Tout à coup Hélène faillit crier de peur. Sur le ciel absolument limpide se dessinait une silhouette gigantesque de femme, auprès de laquelle se tenait un énorme animal. L'apparition mystérieuse planait dans l'air et, semblable à un fantôme, s'élevait au-dessus de la montagne. Hélène, terrifiée, fit un pas en arrière, mais à sa vive surprise, la géante effectua le même mouvement. Revenue de son étonnement et de sa frayeur, Hélène se mit à observer curieusement comment cette image colossale imitait tous ses gestes: qu'elle levât ou abaissât un bras, qu'elle étendît les deux, la géante exécutait les mêmes mouvements. Hélène se ressouvint de tout ce qu'elle avait lu ou entendu dire des mirages et des phénomènes semblables à celui qui se passait devant elle, et se rappela que son père lui avait fait le récit d'une apparition semblable, qu'il avait vue en Allemagne, sur la montagne du Brocken. En se remémorant les paroles de son père, elle s'aperçut alors qu'elle-même tournait le dos au soleil et que la silhouette colossale se trouvait au-dessus du léger brouillard qui flottait sur le rivage, et que, par suite, c'était sa propre ombre qui se réflétait si extraordinairement dans l'air à côté de celle de son chien. Bientôt le brouillard se dissipa et l'apparition s'évanouit.
L'apparition mystérieuse planait dans l'air.
Une fois au bas de la montagne, Hélène s'arrêta à la lisière du bois et alluma de nouveau un feu pour griller des tranches de pain; mais à ce moment elle s'aperçut que «Petit ami» se tenait devant un arbre qui lui était inconnu et léchait avidement la liqueur blanchâtre qui en découlait. Voyant avec quelles délices son ami se régalait de cette liqueur, Hélène fit d'un autre côté une incision sur le tronc, d'où se mit immédiatement à dégoutter une liqueur épaisse, douce et parfumée, dont la saveur ne différait presque pas de celle du lait de vache. Hélène en remplit une coquille de noix de coco et but avec plaisir cette boisson agréable et rafraîchissante, quoique un peu visqueuse. Elle devina aussitôt que c'était l'arbre à lait, dont la sève nourrit des provinces entières. «Petit ami» trouva cette sève tellement à son goût qu'il en savoura plusieurs coquilles que lui avait remplies sa maîtresse.
Durant son voyage, Hélène put se convaincre, autant que le lui permettait sa longue-vue, qu'il n'existait aucune autre terre à proximité de son île. L'île était inhabitée.
En dehors du canton où elle s'était établie, on n'apercevait aucune trace de l'homme.
Ce fut seulement vers le soir, lorsque le soleil était à son déclin, qu'Hélène atteignit sa vallée.
—Bonjour, Hélène! Petit perroquet a faim.