C'était «Joli» qui la saluait ainsi de son cri familier; et un instant après son ami emplumé se perchait sur son épaule et, de joie, lui becquetait l'oreille et les cheveux.

Devant l'enclos, les petites chèvres coururent à sa rencontre en bêlant tendrement.

Cependant le soleil s'était couché. Ses derniers rayons s'éteignirent et l'obscurité s'épaissit rapidement autour de la vallée où régnait le calme et la paix.

Hélène entra dans la caverne, l'éclaira avec sa lampe et, fatiguée, se laissa tomber sur un banc de gazon. Jamais encore elle n'avait si profondément senti son isolement. Il lui semblait même qu'elle avait désappris de parler et une angoisse l'envahit, un désir intense de se retrouver de nouveau dans la société des hommes et d'entendre une voix humaine.

Depuis ce moment, l'idée de la patrie ne la quittait plus. Chaque jour, matin et soir, elle gravissait la montagne, et chaque fois s'en retournait plus triste.

Voulant laisser après elle un souvenir dans l'île, et dans la vague espérance de pouvoir un jour, dans sa patrie, rappeler à sa mémoire tout ce qu'elle y avait enduré, elle avait résolu de suivre l'exemple du malheureux Français et d'écrire son journal.

Elle employait les heures du matin aux occupations ordinaires de ménage et consacrait celles de l'après-midi aux promenades et à la lecture. Entre temps, elle écrivait dans son journal tout ce qui lui était arrivé depuis qu'elle avait quitté sa ville natale.

CHAPITRE XXXI

La voile désirée.—Les marins.—Les préparatifs de départ.—La séparation.—Encore sur l'Océan.—Au pays natal!

Deux autres mois s'écoulèrent. Un soir, avant le coucher du soleil, Hélène, selon son habitude, monta à son observatoire et braqua sa lunette sur l'horizon lointain. Tout à coup elle tressaillit et faillit laisser tomber la longue-vue.