—Oh!… une voile! s'écria-t-elle dans un élan d'allégresse.

Au loin s'apercevait en effet un point blanc. Hélène sentit ses mains trembler et sa vue se troubler. Maîtrisant son émotion, elle regarda de nouveau dans sa lunette. Son cœur palpitait à grands coups, et ses tempes battaient fièvreusement. Elle revit de nouveau le même point blanc qui paraissait immobile. Longtemps elle s'efforça de reconnaître dans ce point un navire. Il lui semblait même que ce point s'éloignait, s'évanouissait. Mais immédiatement après, elle le revoyait de nouveau.

«Est-il possible que ce soit un navire? se demandait-elle? Non, je suis folle, je me trompe… Si pourtant?…»

A cette idée son cœur se mit à battre avec une telle violence, qu'elle porta involontairement la main à sa poitrine.

Mais le soleil commençait à décliner sur l'horizon, et ses derniers rayons s'éteignirent dans le lointain. Hélène ne se décidait pas à revenir dans sa caverne.

«Et si c'est un navire, et qu'il s'en aille dans une autre direction pendant la nuit?… pensa-t-elle, tandis qu'un frisson glacé parcourait son corps. Non, je vais tout de suite allumer un feu, et je leur ferai savoir ainsi que quelqu'un a ici besoin de leur secours»!

Avec une hâte fébrile, elle ramassa des brindilles qu'elle alluma rapidement. La mer était depuis longtemps noyée dans les ténèbres, mais elle continuait toujours à entretenir le feu. Il flambait avec un tel éclat, qu'on devait l'apercevoir même à la distance où se trouvait le navire. Avec un espoir mêlé de crainte, Hélène écoutait si un coup de canon n'allait pas retentir, en signe que le feu avait été aperçu. Mais ce fut en vain. La mer, enveloppée d'obscurité, restait silencieuse et seul le bruit léger des vagues qui se brisaient contre le rivage, troublait le silence qui régnait autour d'elle. Elle resta longtemps sur la montagne dans cette attente douloureuse, puis accablée de fatigue, elle revint dans la caverne. Mais elle ne put fermer les yeux. Des idées plus alarmantes les unes que les autres se succédaient sans cesse dans son esprit: tantôt il lui semblait que le feu s'était éteint et que le navire, ne le voyant plus, s'éloignait pour jamais, tantôt elle croyait le voir se briser contre les écueils qui entouraient l'île.

Ces idées bouleversaient tellement la jeune fille, qu'elle n'y tint plus et se précipita hors de la caverne. Il commençait à faire jour. Sans reprendre haleine, elle gravit la montagne et faillit s'évanouir de joie et de bonheur. Les premiers rayons du soleil éclairèrent un grand navire qui s'approchait de l'île toutes voiles dehors. Muette d'extase, elle contemplait cette apparition miraculeuse, les yeux remplis de larmes, de larmes d'allégresse…

Cependant le navire s'arrêta à un mille de la côte et, quelques minutes plus tard, un canot s'en détacha qui se dirigea vers la grève.

Hélène était tellement émue, qu'elle eut à peine la force de descendre sur le rivage pour aller à la rencontre du canot. Un vague sentiment de crainte à l'égard de ces inconnus se glissa dans son âme et elle dut recueillir toute son énergie pour ne pas s'enfuir dans sa caverne.