Elle essaya de le soulever, mais elle sentit tout de suite que l'animal le retenait en dedans. En jetant un regard par dessous, elle vit que l'araignée avait saisi avec ses pattes de devant le couvercle recouvert d'une toile soyeuse et, avec les autres, s'arcboutait contre les parois de sa fosse. Quand Hélène l'ouvrit, l'araignée disparut vivement dans la profondeur du trou. Cet insecte intéressa fortement la jeune fille et elle résolut d'en explorer l'habitation. Ayant saisi légèrement les bords, elle fut très surprise de retirer du trou tout le nid qui avait l'aspect d'un sac transparent, au fond duquel était couchée l'araignée. Ce sac ressemblait à un bas et était tissé d'une toile solide et soyeuse. Après avoir admiré le logis de l'insecte, construit avec tant d'art, la jeune fille le replaça avec précaution dans le trou.
Lorsqu'elle eut enfin atteint le rivage, le soleil était déjà haut dans le ciel. Elle se dirigea vers le promontoire, où elle était déjà venue une fois, en s'efforçant de se tenir tout le temps à l'ombre.
Au delà du promontoire se trouvait une langue de sable, qui s'avançait au loin dans la mer. Pour ne pas faire un trop grand détour, Hélène résolut de suivre la forêt en ligne droite et d'arriver ainsi à la plage qui s'étendait au delà. Mais à peine avait-elle parcouru une centaine de pas, qu'elle s'arrêta, frappée de surprise: devant elle, sous un groupe de cocotiers, rampaient d'énormes écrevisses, d'une longueur de 0m,80. Les unes tenaient dans leurs pinces immenses des noix de coco et, les frappant contre une pierre, les brisaient et en mangeaient le contenu. D'autres enfonçaient simplement la pointe de la pince dans la petite cavité qui est à la base de la noix et l'ouvraient de cette façon. Jamais Hélène n'avait vu d'écrevisses d'une taille aussi gigantesque, vivant non dans l'eau, mais sur la terre. Elle remarqua que quelques-unes d'entre elles entraient à reculons dans leurs trous creusés sous les racines d'arbres séculaires.
Mais quelques-uns de ces géants à carapace brune, s'étant évidemment aperçus de la présence des nouveaux arrivés, se dirigèrent lentement vers eux. «Petit ami» s'élança à leur rencontre, mais Hélène le rappela et s'éloigna rapidement, fuyant le voisinage dangereux des écrevisses géantes.
Longtemps, elle suivit cette forêt vierge. Les rayons obliques du soleil qui y pénétraient annonçaient le soir. Craignant d'avoir à passer la nuit dans la forêt sombre, elle pressa le pas, dans l'espoir d'atteindre encore de jour quelque clairière.
Là-bas apparut, à travers les arbres, le ciel bleu. Hélène se dirigea de ce côté et se trouva bientôt au bord d'un petit lac, dont les eaux tranquilles étaient couvertes de plantes aquatiques d'une grosseur extraordinaire. Au milieu de feuilles gigantesque apparaissaient d'énormes fleurs violettes, blanches et jaunes, qui répandaient un parfum délicieux. La beauté et la majesté de ces plantes, dans lesquelles elle reconnut immédiatement la «Victoria regia», frappèrent d'admiration la jeune fille. Les feuilles, qui ressemblaient à un plat démesuré, avaient une longueur d'une toise environ et, légèrement recourbées sur leurs bords, étaient soutenues par un pétiole très fort. Le dessus était d'un vert éclatant, tandis que la partie inférieure avait un reflet rouge. Au loin on apercevait sur une de ces feuilles magnifiques un oiseau qui s'y promenait en cherchant des insectes.
Hélène résolut de passer la nuit au bord de ce lac et vivement ramassa des brindilles pour griller du pain. Lorsque le feu flamba, elle s'achemina de nouveau vers la plante magnifique pour en admirer encore la beauté, mais la plupart des fleurs avaient déjà replié leurs pétales et quelques-unes même avaient disparu sous l'eau. En les examinant avec plus d'attention, elle s'aperçut que peu à peu, toutes les autres fleurs se fermaient et l'une après l'autre s'enfonçaient dans le lac.
Après avoir apaisé sa faim et donné à manger à son compagnon fidèle, Hélène s'endormit bientôt d'un profond sommeil. Elle savait que «Petit ami» garderait jalousement son repos et ne laisserait s'approcher d'elle ni un serpent, ni aucun autre animal.
Le matin, elle se leva avec le soleil et la première chose qui frappa ses regards, ce furent les splendides fleurs de «Victoria regia» qui, émergeant de nouveau sur la surface du lac, l'une après l'autre, dépliaient leurs pétales.
En même temps son attention fut attirée par plusieurs petits poissons, qui évoluaient tranquillement tout près du bord. Leur dos bleu foncé était rayé de bandes argentées et bleu clair qui s'irisaient au soleil. Ils pouvaient rivaliser par l'éclat de leurs couleurs avec les oiseaux et les insectes les plus brillants. Mais voici qu'un de ces poissons aperçut une petite mouche, qui s'était posée sur une plante suspendue au-dessus de l'eau: il s'approcha vivement d'elle et, soudain, à une distance d'une toise, lui lança quelques gouttes d'eau. Le coup avait été dirigé avec tant de justesse, que la mouche tomba immédiatement à l'eau, où elle fut avalée par le petit poisson. A cette manœuvre, Hélène reconnut que ces petits poissons appartenaient au genre des «jaillisseurs».