Cette trouvaille lui causa beaucoup de joie. Son linge était en fort mauvais état par suite des blanchissages fréquents, et plus d'une fois elle avait songé avec inquiétude aux moyens de le remplacer, quand il serait complètement usé. Avec quelle reconnaissance elle pensa à sa chère mère qui lui avait appris à filer!

Sans plus attendre, elle résolut de tenter un essai le jour même et cueillit à cet effet plusieurs branches de cotonnier. Le soir, à la lueur de la lampe, elle enleva le duvet qui recouvrait les graines, l'éplucha, le peigna et se mit à le filer à l'aide d'un petit bâton pointu qui lui tenait lieu de fuseau. Comme ce travail lui était familier, elle parvint à fabriquer des fils minces, égaux et solides. Elle résolut de consacrer à cette besogne une heure par jour et d'employer la future saison pluvieuse à la confection de son linge.

CHAPITRE XXX

Une araignée extraordinaire.—Les écrevisses géantes.—Victoria regia.—Les jaillisseurs.—L'apparition du Brocken.—Le journal d'une fillette.

Depuis longtemps, Hélène nourrissait le projet de faire le tour de l'île, pour achever la connaissance de son royaume. Sachant que cette exploration lui prendrait au moins deux jours, elle approvisionna, dès la veille, ses chèvres de fourrage et de sel.

Le lendemain, elle se leva dès l'aube, prit pour deux jours de pain et de dattes sèches et, accompagné de son inséparable «Petit ami», se rendit dans la forêt par le même chemin qu'elle avait pris trois mois auparavant pour revenir la nuit, avec les scarabées phosphorescents.

La matinée était splendide. Pas un nuage dans le ciel. Hélène traversa la forêt et la Vallée des Chèvres et gravit le versant opposé. Partout ses regards rencontraient de grands bois, coupés de petites clairières à la verdure fraîche et veloutée.

Elle descendit la montagne et fit halte auprès d'un petit ruisseau pour se réconforter avec un déjeuner frugal. A ses pieds était couché «Petit ami», qui suivait curieusement du regard les petits oiseaux voltigeant au-dessus de la jeune fille.

Tout à coup Hélène vit, à deux pas d'elle, la terre remuer, et une sorte de petit couvercle se souleva, d'où émergea une petite araignée.

La jeune fille retint son souffle, sans détacher son regard de ce point. Mais l'araignée s'était évidemment aperçue d'un voisinage dangereux; elle disparut rapidement et le couvercle de terre retomba sur elle. Ce couvercle s'harmonisait si bien avec la couleur du sol que, si Hélène ne l'avait pas vu s'ouvrir, elle ne l'aurait jamais remarqué.