En ce moment, au fond de la caverne s'exhala encore un gémissement profond suivi d'un murmure inintelligible.
—Qui est là? s'écria Hélène, remplie de terreur, convaincue qu'un homme s'était réfugié dans la grotte.
Elle répéta sa question. Mais le même silence profond continuait à régner, troublé uniquement par les grondements de «Petit ami».
Malgré la présence d'un défenseur aussi sûr, une sueur froide inonda le front de la jeune fille.
«Est-il possible qu'un sauvage se soit abrité ici? pensa-t-elle. Mais que signifie ce gémissement? Il est probablement blessé!»
Le fagot s'enflamma et Hélène aperçut avec surprise, dans un angle de la caverne, un énorme vieux bouc. Il était étendu par terre et, accablé de vieillesse, luttait évidemment contre la mort. A la vue de la jeune fille et de la flamme, il voulut se relever, mais ses forces le trahirent et il retomba de nouveau, épuisé. «Petit ami» se tenait auprès de lui et ne le quittait pas des yeux. Hélène eut pitié du pauvre animal, qui mourait probablement de faim et de soif. Elle sortit rapidement et, revenant tout aussi vite dans la caverne avec de l'eau et quelques bottes d'herbe, posa le tout devant l'animal. Le pauvre bouc mourait en effet de soif, et il se mit à boire avidement l'eau qu'elle avait apportée. En jetant un regard autour d'elle, Hélène reconnut qu'elle se trouvait dans une petite caverne. Mais elle aperçut, dans un coin éloigné, une autre ouverture étroite, à hauteur d'homme à peu près, qui évidemment donnait dans une seconde caverne. Là un spectacle merveilleux s'offrit aux yeux de la jeune fille. La grotte était vaste et haute. La voûte et ses parois scintillaient comme si elles eussent été recouvertes de pierres précieuses, et la lumière de la torche s'y reflétait en milliers de feux irisés. Hélène demeurait en extase. Jamais elle n'avait vu une telle splendeur. Le plafond de la voûte était comme poli et le plancher parsemé d'un sable brillant et sec. Nulle part on n'apercevait la moindre trace d'animaux ou d'insectes vénéneux. Tout était là extraordinairement sec et propre.
Cette grotte si vaste avait tellement charmé Hélène qu'elle eut regret de ne pouvoir venir demeurer là. Son inconvénient principal consistait en ce que la lumière du jour ne pouvait y pénétrer. Mais en cas de danger, cette grotte pouvait parfaitement lui servir de refuge.
Après s'être assurée que le pauvre bouc avait suffisamment de fourrage et d'eau, Hélène se rendit chez elle, avec l'intention d'en rapporter une provision fraîche le soir.
Mais lorsqu'elle revint dans la caverne, le vieux bouc n'existait plus. Elle le traîna au dehors et, après avoir creusé une fosse non loin de là, enfouit l'animal.
Quelques semaines se passèrent, durant lesquelles Hélène s'occupait activement de son ménage et de ses animaux. Lorsqu'elle avait du temps libre, elle se rendait dans la forêt ou sur la plage, ou bien gravissait la montagne. Dans l'une de ces promenades, elle cueillit des graines d'une plante, à laquelle elle n'avait pas d'abord prêté d'attention. Ayant examiné attentivement les flocons de duvet blanc qui recouvraient ces graines, elle reconnut le cotonnier.