Hélène donna un coup d'œil à la forêt; là aussi, elle se vit plongée dans un torrent de parfums. Au milieu de la verdure éclatante des arbres et des arbrisseaux, étincelaient toutes sortes de fleurs variées. Des perroquets multicolores grimpaient sur les branches en poussant des cris joyeux. Les colibris folâtraient dans l'air et voletaient d'une branche à une autre. Les oiseaux gazouillaient, les insectes bruissaient, les singes en liesse hurlaient. Il semblait que non seulement la forêt même, mais tous ses habitants sortaient d'un long sommeil et se ruaient joyeusement à une nouvelle existence. Depuis longtemps Hélène s'enivrait du parfum des plantes et du chant des oiseaux, quand tout à coup au-dessus d'elle retentit la voix sonore d'un perroquet:
«Les petites chèvres veulent manger!—Petit perroquet a faim!»
Hélène aperçut son «Joli», qui, se balançant sur une branche, lui rappelait les devoirs qu'elle avait oubliés. En effet elle était tellement absorbée par la contemplation de la nature que, contre son habitude, elle était sortie de la maison sans avoir donné à manger à ses amis.
Elle appela le perroquet, et quand il se fut perché sur son épaule, elle se hâta de revenir chez elle. Ses chèvres avaient l'air de l'attendre. Hélène caressa les gentils animaux, leur donna du fourrage et reprit ses occupations habituelles.
Avec l'arrivée du printemps, elle pouvait de nouveau, sans craindre la pluie ou la tempête, errer des journées entières dans la forêt, se promener au bord de la mer et monter à son observatoire favori, où flottait, comme auparavant, son pavillon bleu.
Munie de sa longue-vue, Hélène gravit de nouveau la haute montagne d'où elle était descendue si souvent avec une douloureuse déception. La jeune fille s'y rendait maintenant plutôt par habitude que dans l'espérance d'apercevoir la voile désirée.
Elle examina l'horizon: comme toujours son œil n'y découvrit pas la moindre tache. Après avoir assujetti la perche qui supportait le pavillon et que les dernières pluies avaient un peu inclinée, elle s'en fut sur la plage. Au-dessus du banc de sable si familier pour elle tournoyaient des oiseaux de mer; alarmés par «Petit ami» qui les poursuivait, ils remplissaient la plage de leurs cris perçants.
Hélène porta ses pas vers la vallée. En passant devant un énorme rocher, elle vit avec surprise que «Petit ami» s'était arrêté et, comme s'il eût trouvé des traces quelconques, se jetait, en grondant sourdement, dans les buissons épais qui croissaient au bas du rocher. Il continuait à aboyer de loin, et comme du fond d'un souterrain. Hélène rappela à plusieurs reprises son chien, qui finit par débucher des buissons et accourut vers elle. Mais au bout d'un instant, il disparut de nouveau et on l'entendit encore aboyer au loin.
«Qu'est-ce que cela peut bien être? se dit la jeune fille alarmée. Il y a là assurément quelque être vivant, autrement «Petit ami» ne gronderait pas pendant si longtemps. Avec cela il n'aboie pas d'un air fâché, mais juste comme le jour où le petit chevreau tomba du rocher.»
Hélène écarta doucement les buissons et vit devant elle une entrée de caverne. Après être restée perplexe un instant, elle ramassa des branches sèches et, non sans appréhension, entra en rampant dans la grotte où régnaient d'épaisses ténèbres. Quelque part, non loin d'elle, elle entendait gronder «Petit ami». Elle tira rapidement de sa poche le caillou et le briquet et se préparait déjà à l'allumer, quand tout à coup elle vit deux yeux énormes briller dans l'obscurité et perçut aussitôt un soupir profond et un gémissement plaintif. Hélène tressaillit et faillit laisser tomber, de frayeur, le fagot et le briquet, mais elle surmonta sa peur et se mit à battre le briquet.