Hélène pria le mousse de puiser pour elle de cette eau flamboyante et lorsque celui-ci, après avoir fait descendre le seau, se mit à le retirer, les gouttes d'eau qui rejaillissaient de toutes parts éparpillèrent une vraie pluie de flamme. Dans le seau, l'eau scintillait de milliers de petits feux, gros comme une tête d'épingle.

—C'est admirablement beau, s'écria la fillette, toute ravie.

CHAPITRE IV

«Un homme à la mer».—Une chasse au requin.—Les protégés d'un brigand des mers.—Les aéronautes.—Une pluie d'insectes.—La vitesse du vent.—Le cap de Bonne-Espérance.—L'attaque d'un monstre marin.

Quelques jours plus tard Hélène, assise avec son père sur le pont, lui faisait la lecture. Le vaisseau se balançait lentement en glissant sur les flots, poussé par une brise légère.

Tout à coup un cri résonna sur l'avant: «Un homme à la mer!» Tous se précipitèrent vers le bord. Le capitaine donna immédiatement l'ordre de carguer les voiles et envoya trois matelots au secours de leur camarade qui, en attendant, se démenait fort des bras et des jambes et se maintenait bravement sur les flots. Les matelots mirent aussitôt un canot à la mer et saisirent vigoureusement les rames. Mais en ce même moment ils aperçurent avec terreur, au-dessus de l'eau, la tête et la nageoire triangulaire d'un requin, qui filait avec une rapidité incroyable vers le malheureux. Au bout d'un instant apparut sur l'eau la queue puissante du monstre, puis un cri épouvantable déchira l'air et le matelot disparut sous les ondes.

A la vue de cet affreux spectacle, le sang se figea dans les veines des assistants et l'impression accablante qu'il produisit persista longtemps dans leurs esprits.

Enfin les voiles furent déployées de nouveau et le navire continua son chemin. Pour venger leur malheureux camarade, les matelots se mirent à préparer un hameçon de dimensions énormes. Sur un grand croc en fer, fixé à un gros câble, ils avaient piqué un bon morceau de viande grasse et ils l'avaient jeté à la mer. Pendant quelque temps, ils observèrent avec impatience si le hideux animal n'apparaîtrait pas quelque part; puis, fatigués d'attendre, ils se remirent chacun à sa besogne.

Mais voilà que, trois heures environ après le douloureux accident, on entendit, près du navire, comme un clapotement et on vit l'eau rejaillir de toutes parts. Les matelots se précipitèrent et s'aperçurent que le câble était très tendu.

—Le requin, le requin! s'écrièrent-ils tout d'une voix.