Et ils se mirent à tirer avec ensemble l'énorme hameçon. A leur grande joie, apparut bientôt sur l'eau la tête de ce brigand de mer: le croc avait pénétré profondément dans sa gueule.
Le requin se tordait horriblement et se débattait avec une telle rage contre le flanc du navire, que les matelots craignaient à tout moment de le voir se détacher du croc. Ils purent pourtant, avec de grands efforts, le hisser sur le pont. Sa gueule énorme, garnie de plusieurs rangées de dents longues et pointues, s'ouvrait et se refermait avec une telle force que, quand l'un des matelots y enfonça une grosse bûche, elle craqua sous leur morsure. Ses yeux verdâtres de chat brillaient d'une fureur impuissante et, de temps en temps, il battait avec sa queue le navire, avec une force telle qu'il aurait pu tuer un homme d'un seul coup. Afin d'éviter un malheur, un des matelots s'approcha de lui, avec précaution, par derrière et, d'un coup de hache adroitement appliqué, lui coupa la queue, après quoi l'animal mourut rapidement d'hémorragie.
Un homme à la mer!
Cependant Hélène s'était aperçue qu'auprès du navire, à la surface de l'eau, allaient et venaient deux poissons d'assez petite taille. C'étaient les pilotes, amis et compagnons fidèles du requin pris. Hélène savait par les livres que ces poissons accompagnent toujours les requins, leur trouvent la proie et les amènent vers celle-ci, se nourrissant eux-mêmes des miettes que leur laisse leur protecteur puissant auprès duquel ils se sentent à l'abri des autres poissons carnivores. Sur la prière d'Hélène, un matelot jeta l'hameçon et au bout de quelques instants pêcha un pilote. Maintenant Hélène avait l'occasion d'examiner de près ce fidèle compagnon du requin. C'était un très joli poisson de couleur bleuâtre, au dos foncé et au ventre argenté.
De tous les animaux, dont Hélène avait fait connaissance pendant sa navigation, ceux qui l'intéressaient le plus étaient les poissons volants. Il arrivait que des troupes entières de ces poissons entouraient le navire et s'élevant soudain hors de l'eau à une hauteur de deux ou trois toises, parcouraient rapidement dans l'air, avec un sifflement particulier, un espace d'une centaine de pas environ et disparaissaient de nouveau dans les flots. Souvent ce jeu se répétait plusieurs fois de suite.
Hélène apprit de son père que, quand les poissons volants prenaient toujours une seule et même direction, c'était un indice qu'ils cherchaient à se soustraire à la poursuite des poissons carnivores. Mais elle eut aussi souvent l'occasion de constater que ces poissons volaient dans des directions différentes, passant l'un par-dessus l'autre, s'amusant apparemment à ce jeu. Une fois, ce jeu des poissons volants attira quelques pétrels, qui leur donnèrent la chasse. C'était un spectacle éminemment curieux. Les poissons voltigeaient avec une rapidité incroyable et disparaissaient dans l'eau en un clin d'œil, de sorte que les pétrels, en dépit de leur adresse surprenante, avaient grand'peine à en saisir quelques-uns. Cette chasse dura très peu, parce que les poissons plongèrent bientôt complètement dans les flots. L'un d'eux tomba sur le pont et Hélène put ainsi l'examiner à loisir. Il avait le dos d'un très joli roux clair, les flancs d'un rouge tendre à reflets argentés et le ventre d'un rose foncé.
Un jour Hélène, selon son habitude, faisait la lecture à son père sur le pont; ce soin l'absorbait à ce point qu'elle ne remarqua pas que le soleil avait disparu sous un nuage et qu'un vent frais s'était mis à souffler. Tout d'un coup elle vit tomber d'en haut, sur la table et le livre, des insectes inconnus. Stupéfaite, elle se leva brusquement de la table et, sans en croire ses yeux, elle regardait cette grêle d'insectes pleuvoir des nuages dans la mer et sur le pont.