Le requin.

—Papa, papa, s'écria-t-elle enfin, il se passe autour de nous quelque chose d'extraordinaire. Des insectes vivants tombent d'un nuage! Mais ce sont des sauterelles, papa! comment peuvent-elles se trouver ici, au milieu de l'Océan?

—C'est une pluie d'insectes, mon enfant, répondit le vieux marin, tandis que les matelots balayaient les sauterelles dans la mer. Il est probable que, quelque part sur le rivage, une trombe marine a rencontré une troupe de sauterelles et, l'enveloppant dans son tourbillon, l'a élevée dans les nuages où le vent l'a saisie et emportée dans la mer. Tu sais, n'est-ce pas, que le vent, dans les couches supérieures de l'air, souffle avec plus de force que dans les couches inférieures, ce qui a eu souvent pour conséquence que des sauterelles ont été emportées au loin, pendant des centaines et des milliers de kilomètres, jusqu'à ce qu'enfin, rencontrant un endroit plus calme, elle se soient mises à tomber en pluie sur la terre. Et non pas seulement des sauterelles, des chenilles et des hannetons, mais mêmes différentes plantes, comme par exemple, il y a quelques années, en Espagne, où tout d'un coup on vit pleuvoir des graines de froment. Il se trouva que le vent les avait apportées là de l'Afrique septentrionale, où la tempête avait balayé auparavant plusieurs amas de grains de blé.

—C'est surprenant! Je l'entends dire pour la première fois. Mais combien doit-elle être grande, la vitesse du vent, pour maintenir là-haut un nuage aussi énorme de sauterelles sans le laisser retomber sur la terre.

—Je crois que cette vitesse doit être de 12 à 14 toises par seconde.

—Est-ce que tu sais, papa, quelle est la vitesse du vent en diverses circonstances?

—Oui, mon enfant, et je te le dirai, si cela t'intéresse. Par exemple, la brise légère, qui agite à peine les feuilles sur les arbres, n'a qu'une vitesse d'un mètre environ par seconde. Lorsque sa vitesse est de 7 à 8 toises par seconde, il soulève déjà la poussière et balance les arbres. Mais quand il atteint celle de 12 à 14 toises, il se transforme en tempête, et à 17 ou 20 toises par seconde, il devient un ouragan formidable, qui déracine les arbres et enlève les toits des maisons. Heureusement, sa vitesse ne va pas au delà. Si elle pouvait atteindre quarante toises par seconde, ce vent balayerait instantanément des villes entières, comme des tas de poussière.

Encore une semaine de navigation tranquille se passa. Dans le lointain commença à se dessiner l'extrémité méridionale de l'Afrique. La mer, à mesure qu'on se rapprochait de la côte devenait, de bleue qu'elle était, d'une couleur brune verdâtre.

Quelques heures plus tard, le navire avait atteint le cap de Bonne-Espérance où, au dire des marins, le vent mène une lutte éternelle contre une montagne gigantesque, où l'ouragan est à demeure. Ce n'est pas pour rien que ce cap portait autrefois le nom de cap des Tempêtes.

Cette fois pourtant la mer était calme, à peine agitée d'une houle légère.