—Au nom du ciel, prenez place au plus vite dans le canot, lui cria-t-il, le vaisseau coule à fond.

Sans se rendre compte de ce qu'elle faisait, Hélène tendit la main au capitaine pour descendre; mais au même instant elle la retira vivement.

—Et mon père, mon père! s'écria-t-elle.

—C'est trop tard! répondit le capitaine. Descendez, sinon, nous partons sans vous. Vous ne sauverez pas votre père et le bateau ne peut contenir une personne de plus! Descendez au plus vite!

—Sans mon père!… jamais! s'écria la fillette, toute frissonnante à la seule idée d'une séparation éternelle d'avec son père.

«Si ma présence peut lui servir de consolation dans ses derniers moments, pensait-elle, ma mort n'aura pas été inutile… Non, je ne quitterai pas mon père! Je mourrai avec lui si je ne puis le sauver!»

—Non, non, je ne partirai pas sans lui! Ayez pitié! emmenez mon père! suppliait-elle, en s'efforçant de saisir la main du capitaine.

—Que faites-vous, soyez raisonnable, lui cria-t-il. Il sera plus doux à votre père de savoir que vous êtes sauvée que de vous sentir mourir à côté de lui! Descendez, descendez; chaque instant est précieux.

—Non, non, je ne peux pas m'éloigner sans mon père, répondit-elle résolument.

Et elle se précipita dans la cabine.