Cependant le vieillard aveugle, plein d'effroi, appelait sa fille, mais sa voix se perdait dans le mugissement des ondes. En se sentant abandonné, il faillit perdre connaissance; mais en ce même moment, Hélène accourut auprès de lui.
Lorsqu'elle fut remontée sur le pont avec son père, le capitaine était déjà loin et les autres embarcations ne se voyaient plus.
Une vague énorme fondit sur le bateau du capitaine et l'engloutit pour toujours.
Poussant un cri désespéré, Hélène se précipita au cou de son père et cacha sa tête sur la poitrine du vieillard.
De tout l'équipage, seuls, le père et la fille erraient encore sur le navire brisé, dans ce désert liquide.
CHAPITRE VI
Le naufrage.—La vague fatale.—Échappés au péril.—Le reflux.—Sur un navire brisé.—La première nuit sur un rivage inconnu.
A cette journée terrible succéda une calme soirée. Mais la mer restait encore agitée. Le navire brisé, relevé par les flots, errait de nouveau au milieu des rochers, risquant à chaque minute de donner encore une fois contre un écueil.
Hélène s'était réfugiée avec son père sur le pont et regardait avec une terreur mêlée d'espoir le navire les emporter peu à peu vers la terre. La seule idée que le vent pouvait changer et les pousser au large, la remplissait d'épouvante. En considérant le rivage désolé et rocheux, vers lequel voguait lentement le navire, elle se posait involontairement une foule de questions:
«Était-il habité, ou non?… Si cette terre était habitée par des sauvages!… Quel serait alors le sort de son cher père et le sien? Peut-être des supplices, la mort!»