Cette idée la faisait frémir. Mais la vue de son père, tranquillement assis à ses côtés, lui redonna du courage et elle se remit, avec confiance, à la volonté du sort.
En ce moment, son père interrompit ses tristes pensées.
—Mon enfant, surveille d'un œil vigilant tout ce qui se passe sur le navire. Si sa coque ne se brise pas contre les récifs, nous pourrons tenir encore assez longtemps sur l'eau, parce que, pour notre bonheur, le chargement en est composé de marchandises qui ne coulent pas rapidement. Sommes-nous loin du rivage?
—Nous n'en sommes pas loin, père, et quoique lentement, nous nous en rapprochons toujours. Mais presque toute la cale du navire est remplie d'eau.
Le vieux marin était un excellent nageur et, s'il avait encore eu l'usage de ses yeux, il fut arrivé aisément jusqu'à la terre en nageant avec sa fille, d'autant plus qu'elle aussi savait très bien nager.
—Et de quel côté du navire se trouve la terre?
—Du côté droit, père.
—C'est bien, ma fille. Écoute donc maintenant avec attention ce que je vais te dire. Dès que le navire échouera sur un bas-fond, ou donnera contre un écueil, conduis-moi tout de suite vers le côté droit et descends après moi dans l'eau. Nous gagnerons la terre à la nage. Tiens-toi fortement à moi et indique-moi le chemin. Si tu vois venir sur nous une grande vague, retiens ton souffle et ferme les yeux, autrement tu pourrais te noyer.
—Mais peut-être le navire abordera-t-il le rivage? Ne vaudrait-il pas mieux attendre?
—Attendons, mais il faut que tu saches que, si le navire se heurte contre un récif, il ne pourra plus tenir et se brisera infailliblement. En outre, nous devons gagner la terre avant le reflux, autrement nous serions de nouveau emportés en pleine mer, et alors nous serions perdus.