Hélène se dirigea vers le banc de sable.

Le reflux commençait. La mer s'était apaisée, et seules, de petites vagues, déferlant faiblement sur la côte rocheuse, roulaient en arrière avec un doux bruit. Non loin de là, se découvrait peu à peu un étroit banc de sable qui s'avançait très loin dans la mer. A son extrémité on voyait, couché sur le flanc, le navire brisé, enfoncé profondément sur l'écueil.

Hélène considérait avec une tristesse muette les restes mutilés du beau navire qui, pendant un si grand nombre d'années, bravant dédaigneusement les tempêtes et les orages, avait navigué, superbe, sur l'Océan immense. Et maintenant ses cabines et ses cales submergées étaient devenues le refuge de toute sorte de coquillages marins.

Mais voici que le banc de sable se découvrit tout à fait; seuls, quelques coquillages et étoiles de mer, qui n'avaient pas eu le temps de disparaître dans la mer avec le reflux, étalaient sur le sable leurs formes bizarres, tandis que du rivage arrivaient des troupes d'oiseaux, qui s'abattaient sur eux pour s'en régaler.

La vue du navire brisé rappela à Hélène qu'elle devait se procurer des vêtements et des chaussures. Elle résolut de mettre immédiatement cette idée à exécution et de profiter du reflux, pour traverser le banc de sable et atteindre le navire. Elle ne s'effrayait que de la distance qui séparait le rivage du navire.

«Que ferai-je, si le flux me surprend au retour?» pensait-elle.

Elle regarda son père endormi, et son aspect si triste lui donna le courage de tenter ce voyage assez périlleux. Retroussant sa robe, pour pouvoir plus facilement sauter et grimper sur les roches de la côte, elle se dirigea vers le banc de sable. Le soleil ardent et le vent avaient déjà à ce point séché les rochers, qu'elle pouvait sans danger sautiller de l'un à l'autre. Le banc lui-même était tellement sec qu'elle put sans trop de fatigue arriver jusqu'au navire qui, à ce qu'il semblait, devait être profondément enfoncé sur l'écueil qui se trouvait à l'extrémité même du banc de sable. Sur le revêtement du navire elle aperçut une foule de coquilles, qui s'y étaient attachées. Hélène se souvint de ses compagnons de voyage, et son cœur se serra à l'idée de leur perte prématurée. Maintenant, elle voyait clairement qu'en restant sur le navire tout le monde aurait été sauvé et aurait gagné heureusement le rivage.

Saisissant un bout de câble qui pendait, Hélène grimpa péniblement sur le pont. Là, un effroyable spectacle de destruction se présenta à ses yeux: sur tout le pont, dans un étrange désordre, s'éparpillaient des débris de mâts, des tonneaux, des câbles rompus et une foule d'autres objets. A la vue de ce terrible chaos, une crainte indicible envahit le cœur de la jeune fille, mais elle la réprima bien vite et descendit courageusement dans la cabine. Là, elle retrouva les mêmes terribles traces de destruction: la partie supérieure de la poupe avec les fenêtres avait disparu. Les murs si élégants autrefois étaient complètement démolis. Sur le plancher nageaient dans l'eau des tables, des chaises, des coffres et toutes sortes de débris. Tout près de l'escalier, dans l'eau, elle aperçut, à sa grande joie, la malle de son père, où elle était sûre de trouver tout ce qui leur était indispensable à elle et à son père. La saisissant par la poignée, elle la traîna jusqu'à l'escalier, puis essaya de la monter sur le pont; mais tous ses efforts furent inutiles: l'eau qui avait pénétré dans la malle avait triplé son poids. Sans réfléchir plus longtemps, Hélène la plaça sur l'un des coffres qui nageaient dans la cabine et l'ouvrit avec la clef qu'elle avait sur elle. Tous les objets, quoique trempés, se trouvaient dans le même ordre où elle les avait placés. Hélène retira de l'intérieur tout ce qui était le plus nécessaire, exprima l'eau du linge et des vêtements, et les étala sur le pont pour les faire sécher. Après avoir pris une partie du linge et deux couvertures de laine, elle jeta tout cela sur le banc de sable et descendit elle-même.

Malgré son lourd fardeau, Hélène se mit à courir joyeusement vers le rivage, contente d'avoir trouvé tant de choses utiles. Elle arriva auprès son père, et elle avait à peine eu le temps de déposer son paquet à terre, qu'il s'éveilla et se mit à l'appeler.