Hélène s'assit à côté de lui et, reprenant haleine, lui raconta le succès de sa visite dans le navire. La physionomie du vieux marin manifestait une vive inquiétude, mais il l'écouta en silence jusqu'au bout.
—Cher père, dis, pourquoi as-tu l'air si soucieux? Qu'y a-t-il de dangereux dans cette promenade?
—Mon enfant, répondit le vieillard, le malheur t'a rendue tout d'un coup adulte. Maintenant, tu es obligée de réfléchir toi-même avant de te résoudre à une action quelconque. Mais n'oublie pas, Hélène, qu'en exposant ta vie, tu risques aussi celle de ton père. C'est pourquoi, sois prudente et n'entreprends rien sans m'avoir prévenu; quoique je n'y voie pas, mon expérience peut t'être utile dans bien des cas. Je sais, Hélène, que tu suis volontiers mes conseils, mais je crains que, par amour pour moi, tu n'entreprennes des tâches au-dessus de tes forces. Tu es encore trop jeune, et tu n'es pas habituée à un travail pénible. Il se peut que nous soyons obligés de rester ici pendant très longtemps, et tu dois te munir de courage et d'énergie. Mais rappelle-toi une chose, c'est que ma vie dépend de la tienne, et ne l'expose pas inutilement.
—Sois tranquille, mon père, je n'oublierai pas tes paroles, fit Hélène. Mais maintenant permets-moi de courir encore une fois sur le navire; peut-être y trouverai-je du pain. Ne crains rien, je serai de retour bien avant le flux.
—Dépêche-toi seulement, mon enfant! Ne prends pas trop de choses à la fois. Le navire restera bien là jusqu'à demain, et tu pourras en rapporter encore bien des objets.
Hélène se dirigea rapidement vers le rivage et arriva bientôt près du vaisseau. En examinant le pont, elle jeta un coup d'œil dans la cuisine où se trouvait un placard dans lequel on plaçait généralement les provisions du jour. Le placard se trouva fermé, mais Hélène l'eut vite ouvert à l'aide d'une hache qu'elle découvrit au milieu des outils de menuiserie. A sa grande joie, elle y trouva deux sacs de biscuits, un grand morceau de fromage et plusieurs couteaux. Après avoir pris avec elle ce que ses forces lui permettaient de porter, elle redescendit sur le banc de sable.
Sur le bord, elle aperçut une grande quantité d'huîtres apportées par le flux. Cette trouvaille lui causa beaucoup de joie; elle savait que son père aimait beaucoup les huîtres.
—Eh bien, Hélène, as-tu trouvé du pain? demanda le vieillard en entendant ses pas.
—J'ai trouvé deux sacs de biscuits, père, et un grand morceau de fromage. Et que d'huîtres j'ai vues sur le rivage! Attends seulement un peu, tu verras le bon dîner que je vais te préparer.
Et posant à côté de son père les objets rapportés du navire, elle retourna en courant sur le rivage où elle ramassa dans son tablier une vingtaine d'huîtres. Non loin de là, Hélène aperçut sur l'un des arbres des fruits jaunes, et en s'approchant elle fut très surprise de reconnaître des citrons.