Elle en cueillit quelques-uns et revint avec ses trouvailles auprès de son père. Cette seconde découverte surprit agréablement le vieux marin.

—Eh bien, ma fillette, je vois que ce pays est riche et fertile; il est probable que nous n'aurons pas à souffrir des privations. Il faut croire qu'on trouve d'autres fruits par ici.

—Il y a beaucoup d'arbres qui en sont chargés! Mais peut-on les manger? Ne sont-ils pas vénéneux?

—Cela, nous le saurons. Tu me les décriras plus tard.

Après qu'ils eurent assouvi leur faim, Hélène se leva, pour aller chercher de l'eau. La soif la tourmentait depuis longtemps déjà, et son père paraissait en souffrir tout autant. Alors seulement elle s'aperçut qu'elle n'avait aucun récipient. Elle se reprochait mentalement son manque de prévoyance. Mais il était trop tard pour se rendre sur le navire, car le flux devait bientôt arriver. Son regard rencontra par hasard les coquilles vides d'huîtres jetées dans l'herbe, et sa physionomie s'illumina de joie. C'étaient là des récipients bien petits, à la vérité, mais qui néanmoins pouvaient leur rendre service pour le moment. Elle prit deux coquilles et se mit à marcher le long du rivage, dans l'espoir de découvrir un ruisseau se jetant dans la mer. Bientôt elle aperçut au loin une herbe d'un vert très vif, comme on en rencontre ordinairement près des sources ou dans les endroits très humides. En effet, à peine s'était-elle approchée, qu'elle découvrit avec joie un petit ruisseau dont l'onde claire et limpide brillait dans la verdure éclatante du gazon. Hélène puisa de l'eau dans les deux coquilles et les porta à son père, puis elle revint et, après avoir apaisé sa soif, lava avec délices sa figure brûlante avec de l'eau fraîche.

Le soir tomba. La marée commença à monter. Les flots écumeux escaladaient avec bruit sur les rochers de la côte. Le soleil baissait sur l'horizon et le vent qui soufflait depuis le matin commençait à faiblir, annonçant une nuit douce et tranquille.

Voici que le couchant flambloya d'une lueur étincelante, dont les rayons, en se reflétant dans la mer, scintillèrent sur les crêtes écumeuses des vagues. En même temps retentirent dans les arbres les trilles des chanteurs emplumés, qui semblaient envoyer un dernier salut au jour qui les quittait.

Appuyée contre un grand arbre, Hélène se tenait assise, dans une attitude pensive, auprès de son père qui s'endormait. A la vue du spectacle majestueux du couchant, son âme se tourna vers la miséricordieuse Destinée par la volonté de laquelle l'astre du jour faisait pénétrer la vie dans les forêts et les montagnes, les mers et les plaines. Elle savait que par cette volonté très sage les oiseaux qui tournoyaient au-dessus du banc de sable trouvaient leur nourriture, et elle espérait que sa toute-puissance ne laisserait pas périr un vieillard aveugle et une fillette. Ces pensées raffermirent dans le cœur de la jeune fille l'espoir d'une prompte délivrance.

Mais la dernière clarté disparut à l'horizon et, presque instantanément, sans crépuscule, une nuit noire survint. Sur la haute voûte du ciel s'allumèrent d'innombrables étoiles d'un éclat et d'une pureté inconnus en Europe. Le chant des oiseaux cessa. Un seul chanteur,—son père lui avait dit que c'était le rossignol du Sud,—faisait encore retentir ses trilles sonores là-bas, quelque part, au loin sur la montagne.

CHAPITRE VII