Un sommeil agité.—Épouvantes.—Un pays luxuriant.—Les trésors d'un navire naufragé.

Toute la nuit, Hélène eut des songes alarmants: tantôt elle rêvait qu'elle naviguait sur l'Océan à bord d'un navire magnifique, en compagnie de ses parents et de ses amis intimes, qu'elle avait laissés dans sa patrie; tantôt il lui semblait que, sur les flancs du navire, apparaissaient des ailes énormes et que celui-ci, d'abord lentement, puis avec une rapidité vertigineuse, était emporté dans les nuages. Tantôt elle courait toute seule sur un rocher désert qui s'élevait au milieu de l'Océan: pas un brin d'herbe n'y croissait; aucun être vivant; seules, les vagues mugissantes en interrompaient le silence de mort. Mais voici que, derrière une vague lointaine, émergeait la tête féroce d'un sauvage, ornée de plumes. En l'apercevant, le sauvage saisissait son arc et au même instant, de tous les côtés, surgissaient des vagues d'autres figures terribles toutes pareilles à la première… Ils brandissaient leur arme meurtrière et s'approchaient d'elle en ricanant…

Hélène se réveilla de ces songes pleine de terreur; elle regarda autour d'elle: un brouillard froid et dense l'enveloppait…

Mais voici qu'à l'Orient brilla soudain le premier sillon lumineux de l'aube dorée, qui scintilla en larges gerbes de feu sur les vagues lointaines: les gais chanteurs des forêts s'éveillèrent et l'air du matin résonna de leurs premières roulades. Des rochers de la côte s'élevèrent les oiseaux de mer qui semblaient dégourdir avec délices leurs ailes dans les rayons roses du soleil levant. Une faible brise agitait les sommets des palmiers, et du rivage arrivait le bruit léger des vagues se brisant contre les rochers.

Hélène jeta un regard sur son père tranquillement assoupi et se leva tout doucement. A deux pas d'elle croissaient plusieurs arbres sveltes à larges feuilles, dont les sommets étaient ornés de grands globes d'un brun foncé. Elle reconnut immédiatement des noix de coco. Non loin de là, dans un petit bois touffu, les fruits dorés des citronniers et des orangers tranchaient sur le feuillage d'un vert sombre et au-dessus d'eux, comme des sentinelles, se dressaient les palmiers majestueux, avec leur panache de feuilles, qui se balançaient dans l'azur.

Au milieu de ce fourré grimpaient les vignes et les lianes, enlaçant de leur feuillage sombre les troncs puissants de la forêt vierge, qui exhalait au loin le suave parfum des fleurs blanches des citronniers.

Jamais encore Hélène n'avait vu une végétation aussi luxuriante et involontairement elle demeura quelque temps absorbée dans la contemplation de cette splendide nature.

Elle s'approcha du rivage, mais à peine avait-elle monté sur un des rochers, que de dessous ses pieds un oiseau, vivement, prit son vol.

Elle prit les œufs et courut vers son père.