Le vieillard s'enveloppa dans sa couverture et se coucha. Hélène suivit l'exemple de son père, mais les appréhensions que lui inspirait leur avenir l'empêchèrent longtemps de fermer les yeux.
Pourtant le silence majestueux qui régnait autour d'elle, après les terreurs de la nuit, respirait une sérénité et une paix si profondes que la jeune fille, à son tour, se calma et s'assoupit.
CHAPITRE IX
Une trouvaille précieuse.—Première étape.—Sur une île déserte.—Le figuier du Bengale.—Au sommet d'une montagne.—Une riante vallée.
A peine les premiers rayons du soleil eurent-ils effleuré le visage de la jeune fille endormie, qu'elle s'éveilla et regarda avec surprise autour d'elle. Il lui semblait presque miraculeux qu'elle eût pu survivre à cette nuit, dont les terreurs revenaient maintenant à son esprit comme un effroyable cauchemar. Son père dormait d'un sommeil profond; sa tête blanche reposait sur la terre et les traits vénérables de sa physionomie exprimaient la douceur, le calme, même le contentement. On aurait pu croire que devant son âme passaient les rêves heureux de la patrie lointaine, de la famille chérie, ou peut-être ses yeux fermés à ce monde s'extasiaient-ils à la vue d'images radieuses d'un monde différent et supérieur.
Hélène regarda longuement ces traits si chers pour elle, puis elle se leva doucement et alla vers le rivage pour voir ce qu'étaient devenus ses effets.
Tout le sol était déjà sec et resplendissait d'une verdure fraîche et luxuriante. La tempête, à ce qu'il semblait, avait produit un effet bienfaisant sur la végétation. Tout autour d'Hélène se répandait le parfum vivifiant des fleurs et de la verdure fraîche. Elle pensait avec tristesse aux effets emportés par l'eau. Deux grands paquets de vêtements avaient disparu sans laisser de traces, mais par bonheur quelques objets indispensables étaient demeurés sur le bord: entre autres la hache, la pelle et les couteaux.
Hélène prit le chemin qui côtoyait le rivage, dans l'espoir de retrouver quelques objets rejetés par la tempête; elle ne se trompait point: non loin de là elle découvrit une grande partie du chargement du navire brisé. Les coffres, les caisses, la vaisselle en grande partie cassée, gisaient dispersés dans un désordre extrême sur le sable. Ce qui lui fit le plus de plaisir, ce fut une grande pièce d'étoffe. Heureuse, elle la saisit et avec de grands efforts la roula en haut sur le rivage, comme si elle eût craint que la mer ne lui enlevât une seconde fois sa précieuse trouvaille. Les autres objets lui parurent également si inappréciables qu'elle se mit avec ardeur à les hisser sur les rochers du bord.
Absorbée par ce travail, elle oubliait complètement le temps. S'étant arrêtée pour reprendre haleine, elle pensa à son père et courut vers lui.
Il était tranquillement assis sous un arbre, convaincu qu'elle se trouvait non loin de lui. Après avoir raconté à son père l'histoire de ses précieuses découvertes, elle retourna sur le rivage.