Le vieux marin devint pensif.

—Si nous nous établissions dans la vallée!… fit Hélène, en interrompant ses réflexions. Il semble que tout y soit si doux et si calme! ajouta-t-elle d'une voix irrésolue, comme si elle craignait que son père ne refusât d'accéder à son désir.

Le lac cristallin et la vallée verdoyante avec ses figuiers séculaires attiraient invinciblement la jeune fille.

—Soyons prudents, mon enfant! répondit le vieillard. Si le lac n'a pas d'écoulement, il n'est pas sans danger de nous établir dans son voisinage. Nous pouvons être surpris par une inondation et alors que deviendrions-nous! Cela peut arriver facilement. Dans cette zone, comme tu as pu le voir, il éclate fréquemment des orages qui inondent en quelques minutes les lieux bas. D'ailleurs, ce lac peut bien être tout bonnement un reste de la terrible averse qui, la nuit dernière, a submergé la vallée. S'il en est ainsi, nous devons nous établir sur une pente, d'où l'eau s'écoulerait rapidement.

Hélène écouta en silence les arguments de son père. Elle comprenait qu'il avait raison, mais elle prévoyait en même temps qu'il lui serait très difficile de s'établir avec son père aveugle sur un versant. Dans la vallée on voyait verdir des prairies, dans lesquelles, à ce qu'elle croyait, elle pourrait se promener souvent avec lui.

—Repose-toi un peu, mon enfant, tu dois être bien fatiguée, ajouta le vieillard avec sollicitude. Puis, descends dans la vallée et examine-la. Nous n'avons pas besoin d'y aller tous les deux: je ne ferais que te gêner. Observe avec attention les fruits et les arbres, mais ne goûte à aucun fruit avant de me l'avoir décrit. Dans cette zone torride, on rencontre beaucoup de produits vénéneux. Mais tout d'abord, sache si le lac s'écoule dans la mer ou non.

—Il n'est pas grand, et il ne me faudra pas beaucoup de temps pour en faire le tour, dit Hélène.

—Ne cours pas, ma fille, ne te fatigue pas. Je t'attendrai patiemment. Dis-moi seulement, dans combien de temps comptes-tu revenir à peu près?

—Dans une heure, tout au plus.

—C'est trop peu, mon enfant! fit avec un sourire le vieillard. Tu as oublié qu'il nous a fallu plus de deux heures pour gravir la montagne. Eh bien, va, ma chérie, je n'attendrai pas ton retour avant trois heures d'ici, et je resterai là bien tranquille.