Hélène embrassa son père et se dirigea rapidement vers la vallée.

CHAPITRE X

Les colibris.—Un berceau étrange.—Les cygnes à col noir.—Les frayeurs d'une petite exploratrice.—Les chiffres énigmatiques.—Une grotte mystérieuse.

Avec une curiosité inquiète, Hélène descendait la pente de la montagne. La variété de la végétation tropicale et la vie, le mouvement qui régnaient autour d'elle la frappaient de surprise à chaque pas. Quoiqu'elle n'eût jusqu'à présent aperçu aucun quadrupède, elle tressaillait à chaque bruit qu'elle entendait dans les broussailles et regardait attentivement autour d'elle. Elle reconnut que les oiseaux et les insectes fourmillaient: d'énormes papillons, des hannetons et des milliers d'autres bestioles aux formes les plus bizarres et les plus variées resplendissaient au soleil de toutes sortes de couleurs étincelantes. Dans le feuillage épais de chaque arbre semblait vivre, remuer et frétiller tout un monde d'oiseaux qui faisaient retentir la vallée de leurs gazouillements et de leurs cris.

Elle fut particulièrement frappée par la vue de papillons merveilleux qui, avec un bourdonnement pareil à celui des abeilles, voltigeaient avec une rapidité extraordinaire d'une fleur à une autre, rivalisant avec celles-ci d'éclat et de fraîches couleurs. Mais quelle ne fut pas sa surprise quand, en regardant de plus près, elle s'aperçut que ce n'étaient pas des papillons, mais des oiseaux minuscules. L'un deux passa avec la vivacité de l'éclair auprès de sa figure, l'effleurant presque de son aile, et l'instant d'après il se balançait déjà au loin sur une fleur. Ses plumes veloutées s'irisaient de toutes les couleurs du prisme, se teintaient d'or, de topaze, de rubis et d'émeraude; il semblait que la nature eût concentré sur ces oiselets toutes les richesses qu'elle ne distribuait que séparément aux autres oiseaux.

Hélène comprit immédiatement que c'étaient des colibris. Le vol étrange de ces êtres merveilleux la frappa. Ils ne volaient pas du tout comme des oiseaux: leurs mouvements étaient inégaux et saccadés et ressemblaient au vol des papillons nocturnes. Voilà que l'un d'eux s'élança avec la rapidité d'une flèche vers la forêt; mais soudain, il s'arrêta, suspendu en l'air devant quelque fleur, en agitant si vivement les ailes qu'on ne voyait plus leur mouvement. Un instant plus tard il revenait, tournait sur place et tantôt s'élevant, tantôt s'abaissant, instantanément, comme lancé, prenait son essor et disparaissait.

Partout autour d'elle Hélène voyait une telle quantité de fruits savoureux égayant le feuillage des arbres, que les appréhensions que lui inspirait l'avenir se dissipèrent bientôt. Son imagination commençait même à lui peindre le tableau d'une vie calme et douce en compagnie de son père bien-aimé.

Une fois dans la vallée, elle prit le chemin qui côtoyait le pied de la montagne et s'arrêta tout d'un coup, stupéfaite, devant un rocher à pic, supportant une treille plantureuse, couverte de grandes grappes mûres de raisin blanc et rouge. Quand elle en fut plus près, elle se recula, épouvantée: plusieurs ceps se trouvaient retenus par des liens de tiges.

«Cela n'a pu être fait que par un homme», pensa-t-elle.

Et son visage se couvrit instantanément d'une pâleur mortelle. Un moment elle demeura figée dans une sorte de stupeur devant ce mur mystérieux; mais elle réprima bientôt sa crainte. A peine touché, le lien tomba en poussière. Ayant regardé attentivement autour d'elle et ne voyant rien qui lui rappelât la présence d'êtres humains, Hélène se rassura. Et un instant après elle jugeait même que ce qu'elle avait aperçu n'était qu'un jeu de la nature, un simple hasard.