«Enfin, après avoir longtemps et infructueusement espéré mon salut, la vue de cette mer monotone avec son agitation continuelle me devint odieuse. Je descendis dans la vallée qui constitue la partie intérieure de l'île et je me mis à me construire un berceau sous un énorme figuier.

«Dès que je me fus livré au travail, toute ma tristesse disparut instantanément. Le travail a cette admirable vertu de ranimer l'esprit et les forces de l'homme.

«Au pied de la montagne se trouvaient plusieurs petites cavernes, obstruées de sable et de terre. Je jugeai qu'elles pouvaient me fournir un abri plus sûr que le berceau sous le figuier, et sans hésiter je me mis à l'ouvrage; au bout de quelques jours je parvins à en approprier une pour mon habitation.

«Je n'avais pas à me préoccuper de ma nourriture; la richesse de l'île satisfaisait abondamment à mes modestes besoins et c'est pourquoi j'employai la plus grande partie de mon temps à orner ma nouvelle demeure: je construisais des berceaux, des grottes et plantais des arbres dans les bois.

«Une fois, pendant la saison pluvieuse,—c'est déjà la quatrième ou la cinquième que je passe ici,—l'idée me vint d'écrire ces notes.

«Je prie celui qui les trouverait de ne pas rejeter ma prière suprême et de les remettre à ma chère mère qui probablement verse encore des larmes sur le sort de son malheureux fils…»


Ici s'interrompaient les notes de l'inconnu.

Hélène et son père furent profondément touchés de cette confession écrite depuis si longtemps. Ils se perdaient en conjectures sur la destinée de leur malheureux prédécesseur et finalement ils commencèrent à dresser des plans pour leur propre vie future. Hélène espérait qu'avec le temps ils s'installeraient commodément et que son père se résignerait à sa nouvelle existence.

—Mais avant tout, fit le vieux marin, tu dois placer sur le sommet de la montagne, dans un endroit bien en vue, un pavillon ou quelque autre signal. Si un navire passe devant notre île, ce signal fixera son attention et nous serons ainsi ramenés dans la société des hommes.