—Sais-tu, mon enfant, que ces légers tremblements de terre annoncent l'arrivée de la saison pluvieuse et sont toujours accompagnés de violents orages et de tempêtes!

Hélène, apeurée, quitta son lit et s'élança vers la sortie. Le vent mugissait avec une force terrible; la nuit était sombre: de temps en temps seulement la lune perçait, pour un instant, les nuages noirs qui fuyaient dans le ciel au-dessus de la vallée.

—Tu auras maintenant beaucoup à faire, fit le vieillard, en s'approchant d'elle. Si tu ne t'es pas approvisionnée de vivres, dépêche-toi de le faire: la saison pluvieuse qui, dans ces pays, survient deux fois par an, va durer presque un mois.

Les paroles de son père alarmèrent la jeune fille, et elle se demanda de quelle sorte de fruits elle remplirait sa cave. L'expérience lui avait déjà appris que la plupart des fruits se gâtent très vite: plus d'une fois, ceux qu'elle avait cueillis la veille n'étaient plus bons à rien le lendemain. Elle prit conseil de son père.

—Le mieux est de faire provision de noix de coco, de figues et de dattes! répondit-il. Ces fruits se conservent très bien, même à l'état sec.

Hélène regarda le ciel. Il était entièrement couvert de nuages noirs qui cachaient la lune. Bientôt survinrent des ténèbres telles, qu'on ne distinguait pas sa propre main. L'ouragan continuait à mugir sur les sommets des montagnes, tandis que dans la vallée régnait un calme sinistre, interrompu de temps à autre par un coup de vent et les gémissements de la tempête.

Mais voici que le ciel noir s'entr'ouvrit et s'illumina soudain d'un éclat tellement éblouissant, qu'Hélène faillit pousser un cri et ferma involontairement les yeux. Aussitôt après retentirent des roulements de tonnerre si violents que l'île entière en parut secouée.

—Mon enfant! fit le vieillard, et sa voix tremblait, quelle est cette lueur étrange? Quelque chose a passé devant mes yeux aveugles! Il me semble que c'était un éclair!

—Oui, père; mais calme-toi, je t'en supplie! s'écria Hélène saisie d'effroi, en lui prenant la main et en fixant ses regards sur la figure pâle du vieillard.

—Ce n'est rien! Tout est fini! fit-il d'une voix sourde, au bout d'un instant: je ne vois plus rien.