Toute la nuit Hélène, sans fermer les yeux, resta assise à l'entrée de la caverne en attendant avec impatience le matin. En dépit des nuages noirs, pas une goutte de pluie n'était tombée. Enfin, vers l'aube, la tempête commença à s'apaiser, les nuages se dissipèrent et les clartés matinales du soleil brillèrent sur les cimes. Mais combien sombre et sinistre était ce lever du soleil! Entouré de nuages à reflets de plomb, il éclairait la vallée de lueurs bizarres.
—Est-ce que la nuit est passée? demanda le vieillard.
—Il fait jour, répondit Hélène. Mais je n'ai jamais vu un ciel aussi menaçant.
—Dépêche-toi, ma fille, de cueillir le plus grand nombre possible de fruits. Il faut pouvoir s'approvisionner de tout avant le commencement des pluies.
Hélène courut au pied de la montagne afin d'y cueillir du raisin. Elle s'aperçut alors que la tempête qui l'avait si fort effrayée lui avait rendu un grand service: par terre gisait un grand nombre de noix de coco et d'autres fruits que l'orage avait fait tomber des arbres. Elle n'eut qu'à les ramasser et à les porter dans la caverne.
Après avoir travaillé jusqu'à midi, elle apaisa à la hâte sa faim et, avec un nouveau zèle, se remit à l'œuvre. Chaque fois qu'elle revenait avec sa charge dans la caverne, son père l'encourageait d'un mot tendre ou d'une plaisanterie. Cependant le ciel se rasséréna, mais en même temps Hélène s'aperçut avec inquiétude que sur l'horizon, semblable à une montagne énorme, s'était levé un nuage solitaire qui, en s'étendant, avait recouvert d'une sorte de brouillard l'horizon tout entier. Des roulements lointains de tonnerre se firent entendre, présageant la pluie. Un seul regard sur ce nuage sinistre rappela à la jeune fille qu'il fallait se hâter, et malgré sa fatigue, rassemblant toutes ses forces, elle courut hors de la caverne.
Une heure ne s'était pas écoulée que le nuage lointain apparut au-dessus de la vallée, et un coup de tonnerre éclata, d'une violence telle qu'Hélène faillit, de peur, laisser tomber les fruits qu'elle avait ramassés dans son tablier. Une pluie torrentielle se mit à tomber. Jamais Hélène n'en avait vu de pareille. Les gouttes, grosses comme un œuf de pigeon, se pressaient avec une telle rapidité qu'il semblait qu'une colonne d'eau continue ruisselât du ciel. Hélène se réfugia sous un arbre à feuillage touffu, espérant d'y trouver un abri contre cette épouvantable averse, mais ce fut en vain; le flot continu trouait le feuillage épais et l'inondait de la tête aux pieds. Elle saisit solidement le bout de son tablier et se mit à courir à la maison avec sa charge. Mais à peine eût-elle fait quelque pas, qu'un frisson parcourut tout son corps, et elle se sentit tout à coup envahie par une sensation désagréable de froid.
Elle réunit toutes ses énergies et s'élança en avant; mais elle reconnut bientôt avec terreur qu'elle s'était égarée. La terrible averse l'empêchait de reconnaître son chemin. Elle n'avait pas le temps de réfléchir. Sans reprendre haleine, elle continuait de courir tout droit devant elle, mais elle sentit bientôt que ses jambes se dérobaient sous elle et que le froid sinistre paralysait de plus en plus ses membres. Il lui semblait que ses forces l'abandonnaient complètement et qu'elle allait s'affaisser, épuisée. Faisant un effort surhumain, elle reprit sa course en avant.
Hélène, tombant de fatigue, atteignit enfin la caverne.