CHAPITRE XX

Le rétablissement.—La seconde lettre.—Un danger inattendu.—Le mirage du bonheur.

Le lendemain, Hélène s'éveilla de très bonne heure. Un sommeil calme et réparateur avait rétabli ses forces et elle se sentait toute ragaillardie. Se levant avec précaution, elle s'approcha du lit de son père et le considéra quelques instants avec tendresse; puis elle s'assit sans bruit à l'entrée de la grotte, pour respirer l'air frais du matin.

Bientôt, elle entendit derrière elle un bruit léger et vit que son père, à son tour, se soulevait sur son séant et se mettait à écouter. Le silence absolu qui régnait dans la caverne fit apparaître sur sa physionomie une expression d'inquiétude et Hélène s'empressa de lui adresser la parole. Alors, selon l'habitude qu'il avait prise pendant la maladie d'Hélène, il se dirigea d'un pas assuré vers l'entrée, et s'assit à côté d'elle.

Hélène, toute joyeuse, lui dit son intention de se remettre à l'ouvrage, et l'accabla de questions sur ce qu'il jugeait le plus pressé.

Le vieillard écoutait, un sourire sur les lèvres, son gai babil; il lui donna quelques conseils utiles et pour le reste s'en remit à l'intelligence et à la raison de la fillette.

Les forces d'Hélène se rétablissaient très vite: il lui semblait qu'elle avait tout à fait changé depuis sa maladie. Elle se sentait plus forte qu'auparavant et s'étonnait elle-même de la facilité avec laquelle elle exécutait maintenant ses travaux.

Au bout de quelques jours, elle résolut de se rendre sur la plage. Comme elle se sentait assez vigoureuse, son père la laissa partir.

Tout prenait un nouvel aspect aux yeux d'Hélène. Elle se mit à errer dans la vallée, en écoutant, rêveuse, le gai gazouillement des oiseaux qui voltigeaient avec insouciance autour d'elle, et en contemplant avec amour la surface miroitante du lac limpide, qui reflétait les cimes des palmiers luxuriants:

«Est-il possible que la maladie m'ait changée à ce point?» pensa-t-elle en se livrant tout entière au ravissement qui la transportait.