Son regard s'arrêta sur le figuier grandiose de l'autre côté du lac. Elle se souvint de la feuille de palmier, sur laquelle elle avait écrit le soir où elle était descendue pour la première fois dans la vallée, et un désir la prit de relire cette lettre.
A pas rapides, elle se dirigea vers le figuier, souleva la pierre et creusant le sable, en tira la feuille qu'elle relut. En ce moment, de la rive opposée du lac, arrivèrent jusqu'à elle les doux sons de la flûte. Il semblait que son père aveugle eût trouvé l'expression mélodique de ses jeunes rêves, et un désir insurmontable d'épancher ses sentiments l'envahit. Elle prit une nouvelle feuille de palmier et écrivit:
Un coffre avec toutes sortes de vêtements se trouvait à proximité du navire.
«Autour de moi tout respire l'allégresse et le bonheur! Dans les arbres, à côté de leurs nids, voltigent les hôtes de ce royaume verdoyant. Comme ils sont heureux! Leur vie se passe sans chagrin ni douleur. Pourquoi donc cette peine qui me serre le cœur? Mon père chéri n'est-il pas avec moi? Ne suis-je pas sa joie unique comme son unique soutien? Pourquoi donc m'abandonner à de vaines rêveries? En mon âme, malgré moi, surgit tout un monde de rêves. Dans chaque son qui me parvient de l'autre rive, j'entends les idées et les sentiments de mon père bien-aimé. Mais aussi la nostalgie de la patrie… O ma mère adorée, te reverrai-je jamais?…
Hélène jeta loin d'elle la feuille de palmier et fondit en larmes amères. Plus que jamais elle ressentait la tristesse de son isolement.
Pourtant les larmes la soulagèrent. Elle se calma et se dirigea vers la plage. C'était le moment de la marée basse, et Hélène résolut de faire une petite promenade sur le banc de sable, afin d'examiner l'endroit où était le navire brisé.
Elle arriva bientôt jusqu'au navire dont il ne restait plus que le fond profondément enfoncé sur le rocher. A proximité gisaient quantité d'objets, à moitié ensablés. Parmi eux, se trouvait un coffre avec toute sorte de vêtements.
Hélène se mit à retirer du coffre les objets qui lui paraissaient nécessaires et à les déposer sur le banc de sable. Elle était si préoccupée de sa besogne, qu'elle ne s'aperçut pas que la marée avait commencé à monter. Le bruit croissant des flots attira pourtant son attention, et elle reconnut avec terreur que ces flots menaçants s'avançaient de plus en plus, et en mugissant inondaient le banc de sable qu'ils avaient quitté, il y avait quelques heures à peine. De toutes parts la mer écumait et bouillonnait. Les vagues grimpaient avec furie sur le banc de sable, comme pour engloutir la jeune fille imprudente.
Hélène se mit à courir vers le rivage, mais le flux montait avec une telle rapidité et une telle violence qu'il l'eut bientôt atteinte et dépassée. Entourée de tous les côtés, elle ne perdit cependant pas la tête. Quoique l'eau lui arrivât jusqu'aux genoux, elle courait bravement en avant, s'efforçant de ne pas perdre de vue le vrai chemin.