Lorsqu'elle eut atteint heureusement le rivage, elle jeta un regard en arrière sur la mer mugissante et elle frissonna. Au-dessus du banc qu'elle avait parcouru naguère sans même mouiller ses pieds, écumaient et grondaient les flots menaçants.
En partant, elle s'arrêta devant la cataracte, pour jeter encore un coup d'œil sur la mer, et tout à coup elle remarqua, à la limite de l'horizon, une petite tache blanche.
—Qu'est-ce que je vois? s'écria-t-elle dans un élan de joie, un navire!
Ravie, elle demeura sur place, sans avoir la force de détacher son regard de la tache blanche, et tout un monde d'espérances envahit son âme. Elle fixa, avec une attention soutenue, ce point blanc; mais n'y apercevant aucun changement, elle se hâta de revenir auprès de son père, pour lui communiquer la nouvelle merveilleuse.
«Je reviendrai à l'instant même, se dit-elle. Puis, on apercevra bien du navire le pavillon qui flotte sur la montagne.»
Elle traversa rapidement la vallée, laissa de côté le lac et arriva, tout essoufflée, auprès de la grotte, où elle avait laissé son père.
Mais à peine y eût-elle jeté un regard qu'elle s'arrêta, terrifiée. Le vieillard était étendu par terre, la tête penchée sur le Robinson, et une pâleur mortelle couvrait ses traits. Hélène se précipita vers lui, et lui saisit la main: elle était froide.
Une épouvante indicible s'empara de la jeune fille, et un terrible pressentiment s'insinua dans son âme. Ses jambes se dérobèrent sous elle, elle perdit connaissance et tomba sur la poitrine de son père.
CHAPITRE XXI
Espoir déçu.—Un triste pressentiment.—La mort du père.