Sur la prière de son père, elle lui décrivit l'endroit où ils se trouvaient, puis elle lui proposa de se reposer sous ces arbres séculaires avant de se remettre en marche pour revenir à la maison. Elle ramassa à cet effet, vivement, un tas de feuilles sèches et de mousse et le recouvrit de la couverture qu'elle avait emportée avec elle.
—Mon enfant, lui dit le vieillard d'une voix faible et tremblante, en se laissant tomber sur la couchette ainsi préparée, j'ai choisi à dessein cet endroit. Ma dernière heure est arrivée. C'est la couche funèbre de ton père que tu as arrangée avec tant de sollicitude!
Hélène poussa un cri et, terrifiée, se précipita vers le vieillard; les larmes ruisselaient sur ses joues. Elle lui avait pris les mains et le suppliait de ne pas l'abandonner.
—Soumettons-nous à la volonté du sort, fit-il avec un profond soupir, en posant sa main sur la tête de sa fille.
Hélène resta agenouillée près du corps de son père.
Des sanglots s'échappèrent de la poitrine d'Hélène. Elle comprit que son père allait la quitter pour toujours, et qu'en choisissant cet endroit, il lui donnait un dernier témoignage de son amour et de sa prévoyance.
—Recueille toutes tes forces, mon enfant, continua le vieillard, et écoute ma dernière volonté. Demeure auprès de moi, tant qu'il me restera encore un souffle de vie. Puis, ferme-moi les yeux, voile-moi le visage et recouvre ma tombe avec de la mousse qui se trouve ici en grande quantité. Puis, après m'avoir rendu ce dernier service, va-t'en d'ici. Dans ce moment suprême, je te défends de ne plus jamais t'approcher de ce lieu. Mais quand tu seras de l'autre côté de la montagne ou dans la vallée près du lac, et que ton regard s'arrêtera par hasard sur ces cyprès, rappelle-toi que ton père t'a bénie dans son dernier soupir.
A ces dernières paroles, prononcées d'une voix à peine intelligible, la tête du vieillard se pencha défaillante sur son chevet. Hélène sanglotait: ses larmes amères tombaient sur la main de son père qui devenait de plus en plus froide.
—Je… te… bénis… mon… enfant!… murmura-t-il faiblement.