Et il rendit le dernier soupir.

Hélène demeura pétrifiée d'épouvante. Agenouillée, elle regarda longtemps, sans comprendre, le corps inanimé de son père. Revenue à elle, elle tendit avec désespoir ses mains vers le ciel, en le suppliant de mettre fin à sa vie.

Longtemps, la malheureuse jeune fille resta plongée dans sa douleur profonde et inconsolable. Le soleil se cachait déjà derrière les montagnes. Alors seulement elle pensa à la dernière volonté du défunt.

Après avoir recouvert d'une couche épaisse de mousse les restes sacrés de son père, elle quitta, le cœur brisé, ce lieu si triste, mais si cher pour elle.

Chancelante, les yeux remplis de larmes, elle descendit dans la vallée qu'enveloppaient déjà des ténèbres épaisses. Devant cette nuit obscure, il lui semblait que toute sa vie future et solitaire se passerait dans des ténèbres semblables.

CHAPITRE XXII

Désespoir.—Un coup de canon.—Un feu sur la montagne.—Frayeur.—Le Terre-Neuve.—Pain et sel.—Fausse alerte.

Longtemps, Hélène erra dans la vallée ténébreuse, en proie à un affreux désespoir. Elle n'avait pas le courage de revenir dans la caverne où autrefois son père l'accueillait avec des caresses. Lorsque enfin ses forces l'eurent trahie, elle se coucha sur la rive sablonneuse du lac et pleura jusqu'à l'aube.

Le jour parut. Hélène se leva et s'achemina vers la caverne. Vide et sombre lui paraissait maintenant tout ce qui autrefois l'intéressait et l'enchantait. La vallée splendide, inondée des rayons du soleil matinal, lui semblait un triste désert. Autour d'elle, les oiseaux gazouillaient joyeusement, mais elle ne les entendait pas. Une brise légère répandait mille parfums dans l'atmosphère, mais Hélène ne remarquait rien de tout cela.

Longtemps, elle demeura immobile, assise à l'entrée de la grotte, où elle passait de si longues, de si douces heures avec son vieux père; elle se rémémorait toutes les épreuves qu'ils avaient traversées ensemble; puis elle se leva et se dirigea vers la caverne préférée de son père, où se trouvait le Robinson. La vue du livre dont elle lui avait lu si souvent des pages fit venir les larmes à ses yeux. Elle se souvint que, plus d'une fois, elle y avait puisé une consolation et un encouragement et, l'ouvrant, elle se mit à le lire, en dépit des larmes qui lui montaient aux yeux et troublaient sa vue. Par une naturelle association d'idées, elle songea ensuite à l'ancien habitant de l'île et se rappela ce passage de ses notes: «Le travail est ce qui apaise le mieux tous les chagrins et toutes les douleurs.»