—Que Mary Anerton?...
—Oui, je ne peux jamais me rappeler comment elle aime son thé. C’est ou bien du citron avec du sucre, ou sans sucre, ou de la crème sans ni l’un ni l’autre, et de toute façon le thé ne doit être versé dans la tasse qu’en dernier lieu. Et si l’on ne s’est pas bien souvenu, il faut tout recommencer. Je suppose que Vincent Rendle prenait son thé comme cela et que c’est devenu un rite...
—Comment! vous connaissez Mrs Anerton?...
—Et ai-je vu une fois Shelley lui-même[B]?... Miséricorde! Mais oui!... Elle et moi nous avons été à l’école ensemble. Vous savez qu’elle est Américaine? Nous avons passé presque un an dans un pensionnat des environs de Tours. Après quoi, elle retourna à New-York et je la perdis de vue jusqu’après son mariage. Elle et Anerton ont séjourné un hiver à Rome, pendant que mon mari y était attaché à notre Légation, et nous l’y voyions beaucoup, fit Mrs Memorall, avec un sourire de réminiscence. C’était le fameux hiver...
—L’hiver où ils se sont connus?...
—Précisément. Par malheur, j’ai quitté Rome peu avant que la rencontre n’eût lieu. N’est-ce pas de la guigne? J’aurais pu figurer dans la Vie et les Lettres. Vous savez qu’il mentionne même cette stupide Mme Vodki chez laquelle la présentation eut lieu...
—Et elle, l’avez-vous vue beaucoup par la suite?
—Pas du vivant de Rendle. Elle vivait presque exclusivement en Europe. Je la voyais bien de temps en temps, quand j’étais sur le continent, mais elle était si absorbée, si préoccupée, qu’on se sentait toujours de trop. En réalité, elle ne tenait qu’à ses amis à lui, et s’était peu à peu séparée de tous les siens à elle. Maintenant, c’est très différent. Elle est affreusement seule. Elle s’est remise à m’écrire quelquefois, et, l’année dernière, ayant su que j’allais en Europe, elle me demanda de la rejoindre à Venise. J’y ai passé une semaine avec elle.
—Et Rendle?
Mrs Memorall sourit et secoua la tête: