—Vous appelez force vouloir sacrifier une femme pour assurer votre salut?
—Son âme est confiée à mes soins, non aux vôtres, mon fils. Elle est en sûreté avec moi.
—Elle? mais moi? Je vais au-devant de la mort et je laisse derrière moi une chose qui est pire que la mort!
Il se pencha et saisit mon bras.
—Ce n’est pas pour moi que je plaide, mais pour elle, pour elle, Egidio! Ne voyez-vous pas à quel enfer vous la condamnerez, si je ne reviens pas? Quelle arme a-t-elle contre cette haine toujours en éveil? Leurs mensonges s’attacheront à elle et lui suceront peu à peu la vie. Vous et Marianna êtes sans défense contre de tels ennemis.
—Laissez-la entre les mains de Dieu, mon fils!
—C’est facile à dire, mais, ah! l’abbé, si vous étiez homme! Que deviendrai-je si ce poison se répand en moi et si je vais me battre avec la pensée que chaque balle autrichienne peut être envoyée par la main de son amant? Et si je meurs pour rendre la liberté, non seulement à l’Italie, mais encore pour rendre la liberté à ma femme?
Je posai la main sur son épaule:
—Mon fils, je réponds d’elle. Remettez-vous-en à moi.
Il me fixa étrangement.