— Que vous m’aimiez, ma mère !
— Je vous aime tout autant qu’on s’aime en famille dans le monde où nous vivons ; nous ne sommes pas des bourgeois, Dieu merci ! Je ne sais si c’est ce M. Poulgas ou Pelgas qui vous a donné ces façons, mais elles ne sont de mise en aucun lieu, et vous ferez sagement de les perdre. J’ai vu le moment où ma fille devenait par contagion aussi ridicule que vous. Vous n’êtes pas un sot, vous savez vous tenir, vous avez certaines manières, on trouve généralement que vos façons d’agir sont celles d’un gentilhomme ; mais toutes ces qualités, auxquelles je rends justice, sont corrompues par une sensiblerie maladive. Soignez-vous ! »
Voilà le bel adieu qu’il obtint ; mais c’est la petite sœur qui fut ingénieuse à le consoler ! Elle le conduisit jusqu’au chemin de fer avec sa gouvernante ; elle le dorlota, le berça, le baigna de ses larmes et finit par engourdir un peu cette douleur aiguë dont il avait le cœur pénétré. Assurément Mme de Gardelux avait calomnié sa fille en la croyant guérie de cette précieuse sensibilité. Les deux enfants jurèrent de s’écrire une fois par semaine ; Mlle Hélène glissa dans la main de son frère un médaillon d’or où elle s’était fait peindre par Mme Herbelin. Une merveille, ce petit portrait ; je l’ai admiré six mois avec lui et dix-huit mois sans lui : vous saurez comme.
Lorsqu’il fallut enfin se séparer au coup de cloche, elle lui prit la tête entre ses bras et lui dit à l’oreille :
« Tu sais, ma commission ? N’oublie pas ! »
Il se sentit rajeunir de deux ans au souvenir de cet aimable enfantillage et répondit en souriant :
« Le projet tient donc toujours ?
— Toujours.
— Alors, une question importante : blond ou brun ?
— A ton choix ; mais j’aimerais mieux qu’il fût blond. Va-t’en, tu me fais dire des sottises !