— Pour quoi faire ?
— Parbleu ! pour écouter l’ordre du jour. »
Il rougit comme un enfant pris la main dans les confitures, et prétexta cette lettre à sa mère qu’il voulait, disait-il, expédier par le premier départ. Je m’en fus tout pensif, et je me demandais, en voyant sa résistance, s’il n’avait pas quelque faiblesse ou quelque hésitation à se reprocher. Ah ! bien oui ! Le premier nom qui m’arrive aux oreilles, c’est justement le sien. Le général remerciait les troupes de leur belle conduite ; il signalait quelques traits de courage et particulièrement l’héroïsme du sous-lieutenant de Gardelux, qui, seul, était allé reprendre au milieu des Arabes douze hommes de sa compagnie imprudemment engagés. Un autre fait de guerre avait été accompli par le même officier dans la même journée : il était entré le premier dans le village fortifié des Beni-Yala.
Vous me voyez d’ici ; je n’écoute pas un mot de plus, je cours à sa cabane. Il écrivait encore ! je fais sauter ses paperasses en l’air et je l’accable de sottises.
« Ah ! c’est ainsi que tu traites tes amis ! Tu t’es moqué de moi comme un gueux, comme un tartuffe ! Voilà donc pourquoi tu refuses de venir au rassemblement ! Tu savais qu’il n’y aurait d’éloges que pour toi, mauvais drôle ! Ah ! tu t’es battu comme un lion, et tu as peur de l’entendre dire ! Et tu m’as presque fait douter de ton courage, polisson de héros que tu es ! »
Je parlais, je criais, je pleurais, je l’embrassais et je le bourrais de coups de poing, à la bonne franquette d’Alsace.
Quant à lui, il était tout pâle, et il me regardait faire avec des yeux hagards.
« Pardonne-moi, me dit-il ; je n’étais pas bien sûr… je ne savais pas si les choses qui me sont arrivées répondaient à ce qu’on entend par un acte de courage. Voilà pourquoi je n’ai pas osé te suivre là-bas, car enfin, si le général n’avait rien dit de moi, je n’aurais pas osé crier à l’injustice ; mais j’aurais éprouvé quelque chose comme une déception.
— Il n’y avait pas de danger : le général est juste, et il se connaît en hommes.
— Allons ! dit-il, il faut que j’aille le remercier.