— Tu as le temps ; il doit être au lit : nous avons fait hier un rude métier pour un homme de son âge.
— Alors promenons-nous ; j’ai des fourmis dans les jambes.
— Tu es fièrement heureux, si tu n’y as que des fourmis. »
Je lui ramasse ses papiers, c’était bien le moins, et nous allons vaguer ensemble. Tous les camarades que nous rencontrons viennent à lui, lui serrent les mains et le félicitent de ses débuts ; il rougit, et moi-même je perds contenance, comme si toute sa gloire m’éclaboussait de la tête aux pieds. Les soldats le saluent de cet air qui veut dire : Ce n’est pas à ton épaulette, c’est à ton cœur que je rends hommage. Marcou, l’aide-major, qui revenait de l’ambulance, nous donne le relevé de nos pertes : onze morts, trente-cinq blessés, dont dix grièvement, et pas un seul manquant, chose admirable ! « Sans vous, dit-il au turco, les Arabes nous pinçaient une douzaine de prisonniers. »
Plus nous allions, plus ces compliments à brûle-pourpoint le suffoquaient. Il m’entraîne au-devant de la compagnie qui rapportait les sacs et les bagages. Le capitaine, un pauvre vieux qui n’avait plus qu’un an à faire, et pas la croix, nous reconnaît de loin et nous crie :
« Eh ! jeunes gens ! on n’a pas eu besoin de nous pour cueillir les lauriers ? M. de Gardelux a tout pris. »
Il rougit de plus belle et va s’excuser comme il peut. Nous rentrons chez lui, et il parle d’achever sa lettre : un convoi de blessés devait partir à deux heures pour Biskra.
« J’espère bien, lui dis-je, que tu vas prendre une copie de ta citation pour l’adresser à ta mère ?
— Non.
— Pourquoi ?