— Parce que j’aurais l’air de rédiger ma propre histoire, et je me trouve assez ridicule sans cela.
— On a raison de dire que le ridicule est voisin du sublime, puisqu’un gaillard de ton numéro prend l’un pour l’autre. Eh bien ! moi, je vais faire copier le paragraphe par ton sergent-major, et je l’enverrai à Mme de Gardelux… Ah !
— Si cela t’amuse ! Mais j’écris des lettres si longues et ma mère a si peu de temps qu’elle jette peut-être au panier tout ce qui porte le timbre de Biskra.
— Mais Mlle Hélène n’est sans doute pas si occupée, elle ! Si je lui expédiais la pièce en question, m’en voudrais-tu ?
— Fais ce qui te plaira.
— Pris au mot. Attends-moi. »
Une heure après, je mettais sous enveloppe un extrait de l’ordre du jour, copié de cette belle écriture qui fait la gloire des sergents-majors et les empêche quelquefois de passer officiers. J’y ajoutais de ma main ces simples lignes :
« Le capitaine d’état-major Charles Brunner, présente ses humbles devoirs à mademoiselle Hélène de Gardelux et se fait une joie de lui transmettre le texte suivant que la modestie d’un jeune héros eût peut-être tenu caché. »
Je lui portai la lettre ouverte et je lui dis :
« Veux-tu la lire ?