Marguerite le regarda doucement, sans reproche et sans mépris : elle est si bonne !
« Mon ami, lui dit-elle, ce n’est pas la comédie que je regrette, mais cet aréopage de grands hommes et de femmes illustres qui sera là pour applaudir. Quelle fête pour une âme enthousiaste ! Les orateurs ! les philosophes ! les hommes d’État ! Les grands artistes ! Les poëtes surtout ! Tout Paris ! oh ! Paris ! »
Elle se rassit en rougissant. (Non, jamais on ne verra sur la rive gauche du Rhin, une femme de vingt-deux ans rougir aussi joliment qu’elle !) Je ne sais quelle secrète sympathie faisait en même temps monter le sang à mes oreilles.
« Si jamais, lui répondis-je, notre excellent ami Feuerstein se décide à vous conduire à Paris, je vous ferai voir une première représentation comme celle de ce soir, ou même une plus belle. Je vous y montrerai ce qu’on appelle, en style de réclame, Tout Paris ; mais sachez, dès à présent, que votre curiosité sera un peu déçue.
— Cependant, si nous étions ce soir au théâtre des Hannetons Fantastiques, nous verrions…
— Qui ?
— D’abord, l’Empereur et l’Impératrice.
— Non. Je puis vous certifier que jamais vous ne les rencontrerez là.
— Mais les ministres, au moins ?
— Pas davantage. Les ministres sont trop occupés pour courir les petites fêtes de ce genre. Vous n’y rencontrerez ni Excellences, ni sénateurs, ni conseillers d’État, ni rien de ce qui touche au monde officiel.