Elle disait: «Je ne veux pas être tyrannisée.» Gorgeon répondait: «Je ne veux pas être ridicule.» Leurs amis communs donnaient tort au mari. «S'il était si ombrageux, pourquoi prendre femme au théâtre? Il eût mieux fait d'épouser une petite bourgeoise, personne ne serait allé la relancer chez lui.» Au milieu de ces débats, le jour anniversaire de leur mariage s'écoula sans qu'ils y eussent songé ni l'un ni l'autre. Ils s'en aperçurent le lendemain, chacun de son côté; Gorgeon se dit: «Il faut qu'elle m'aime bien peu pour l'avoir laissé passer.» Pauline pensa que son mari regrettait probablement de l'avoir épousée. M. de Gaudry, qui n'était jamais loin, envoya un bracelet à Pauline. Gorgeon voulait aller le rendre, avec un remercîment de son cru; Pauline prétendit le garder. «Parce que vous n'avez pas eu l'idée de me faire un présent, dit-elle, il vous plaît de trouver à redire aux moindres attentions de mes amis!

—Vos amis sont des drôles que je corrigerai.

—Vous feriez mieux de vous corriger vous-même. J'ai cru jusqu'ici qu'il y avait deux classes d'hommes au-dessus des autres, les gentilshommes et les artistes: je sais maintenant ce qu'il faut penser des artistes.

—Vous en penserez ce qu'il vous plaira, dit Gorgeon en prenant son chapeau, mais ce n'est plus moi qui fournirai un texte à vos comparaisons.

—Vous partez?

—Adieu.

—Où allez-vous?

—Vous le saurez.

—Tu reviendras?