En novembre, le ressentiment de Pauline, entretenu par ses amies, était encore dans toute sa force. Un matin, vers onze heures, elle s'habillait devant sa glace pour se rendre à une répétition. Sa cousine était allée au marché en laissant la clef sur la porte. La jeune femme ôtait sa dernière papillote lorsqu'elle se retourna en poussant un cri d'épouvante. Elle avait vu dans le miroir un petit homme excessivement laid et fourré de zibeline jusqu'aux yeux.

«Qui êtes-vous? que voulez-vous? sortez! On n'entre pas ainsi.... Marie!» cria-t-elle si précipitamment que ses paroles tombaient les unes sur les autres.

«Je ne vous aime pas, vous ne me plaisez pas, répondit le petit homme visiblement embarrassé.

—Est-ce que je vous aime, moi? Sortez!

—Je ne vous aime pas, madame; vous ne me....

—Insolent! Sortez ou j'appelle; je crie au voleur! je me jette par la fenêtre!»

Le petit bonhomme joignit piteusement les mains, et répondit d'une voix suppliante:

«Pardonnez-moi; je ne voulais pas vous offenser. J'ai fait sept cents lieues pour vous proposer quelque chose; j'arrive de Saint-Pétersbourg; je parle mal le français; j'ai préparé ce que je devais vous dire, et vous m'avez tellement intimidé....»

Il s'assit, et passa un mouchoir de batiste sur son front tout dépouillé. Pauline profita de ce moment pour jeter un châle sur ses épaules.

«Madame, reprit le bonhomme, je ne vous aime p..., excusez-moi, et ne vous fâchez plus. Votre mari m'a joué un tour infâme. Je suis le prince Vasilikof; j'ai un million de revenu, mais je ne suis que de la quatorzième classe de noblesse, n'ayant jamais servi.