—Tu le regrettais, ma fille; je te connais mieux que toi-même.»
On frappa discrètement à la porte. Mme Benoît tressaillit.
«Qui est là? demanda-t-elle.
—Madame, répondit la voix de Pierre, la berline de madame est attelée.»
La veuve entraîna sa fille jusqu'à la voiture. «Vite, vite, lui dit-elle; nos gens sont à danser; s'ils avaient vent de notre départ, il faudrait subir leurs adieux.
—Mais j'aurais bien voulu leur dire adieu,» murmura Lucile. Sa mère la jeta au fond de la berline et s'y élança après elle. «Et Gaston? demanda la jeune femme, complétement étourdie par ces mouvements précipités.
—Viens, mon enfant. Pierre, où est M. le marquis?»
La leçon de Pierre était faite. Il répondit sans embarras: «Madame, M. le marquis fait charger les bagages sur la vieille chaise. Il prie madame de l'attendre une minute ou deux.»
Lucile, poussée par une inspiration secrète, essaya d'ouvrir la portière. La portière de droite, soit hasard, soit calcul, refusa de s'ouvrir. Pour arriver à l'autre, il fallait passer sur le corps de sa mère. Son courage n'alla point jusque là. «Julie, dit-elle, voyez donc ce que fait M. le marquis.»